LE PROTOCOLE COMPASSIONNEL DE LA FIESTA

Une fois de plus, alors que les anti taurins ont l'impudence de se livrer à une provocation aussi gratuite qu'inacceptable en affichant leurs brûlots grand format en pleines fêtes de Bayonne, le monde taurin ne trouve à leur opposer que des lamentations qui tombent à plat.

Se lamenter pour des futilités, le monde taurin français sait parfaitement faire, si j'en juge la chaîne Alegria sur laquelle je suis tombée en zappant hier soir après avoir mis en ligne. A-t-on l'impudence de dire que Ponce est sur le déclin, et voilà que le commentateur - ami d'enfance au demeurant - se livre à des contorsions sémantico-techniques confuses pour expliquer - alors que les images soigneusement choisies pourtant montrent le contraire - que le toro ne valait rien, que Ponce a été génial et que le "professeur" que je serais selon lui aurait mal vu... Et de mettre en demeure le censeur que je suis selon lui (sans me nommer tout de même) de venir lui expliquer mes dires... ce que je serais bien en peine de faire puisqu'il ne m'y invite pas.

Ceci est dérisoire bien sûr car nous avons tous mieux à faire que de nous disputer pour de mauvaises raisons, mais dénote sur le fond un profond malaise. Que mon ami d'enfance qui par ailleurs abat un travail considérable pour faire vivre dans sa quasi intégralité aux aficionados de France la temporada aquitaine sache donc que la contre performance montoise de Ponce dont il n'a pas perçu l'importance a beaucup inquiété tous les professionnels présents. L'occulter ne sert à rien et ne fait que retarder l'échéance. Ponce connaîtra sans doute d'autres tardes glorieuses, mais il est difficile désormais que la tendance s'inverse pour une raison très simple : Ponce est un homme, pas un demi dieu, et comme tel il passe par le même chemin que tous ceux qui l'ont précédé dans la carrière. Est-il injurieux de dire que Manzanares est sur le déclin même s'il tire encore quelques feux d'artifice somptueux, ou que Rincon l'est aussi, même si son aventure humaine est remarquable, où que Joselito anticipa en se retirant avant que le sien ne soit trop perceptible ? Pas davantage que de dire que Ponce a entamé la dernière ligne droite de sa prestigieuse carrière et que l'on a eu à Mont de Marsan un aperçu de ce qui l'attend. Il n'est d'ailleurs pas inutile de préciser que le jour où il toréait a été enregistrée l'entrée la plus faible de la feria.

Dans ces conditions, si la moindre critique discordante doit faire l'objet d'un tel feu roulant diffusé en boucle, quel est l'avenir de la presse d'opinion dans un système plus apte à l'autocélébration qu'à la remise en question ?

J'ai toujours pensé pour ma part qu'il vaut mieux être respecté que plaint, quitte à ne jamais m'installer dans le confort d'un système qui a besoin, plus que de complaisance, de coups de pieds au cul. Qui aime bien châtie bien, et ce n'est pas parce que l'on formule clairement les critiques que d'autres préfèrent ravaler, que l'on est le méchant de la farce, car c'en est une, qui consiste à vouloir faire prendre au public les vessies pour des lanternes : présenter comme exceptionnel ce qui n'est que médiocre équivaut à dénaturer l'art taurin.

À l'heure où les anti taurins ont l'impudence d'afficher leurs brûlots mensongers en pleines terres taurines à l'occasion des fêtes de Bayonne, le propos n'est pas gratuit. Car si l'on veut défendre la tauromachie, c'est d'abord en dressant au quotidien avec lucidité le constat de ses faiblesses et de ses forces qu'il faut le faire, et pas en endormant l'aficion au moyen d'un discours lénifiant dénué de contenu. La culture taurine est suffisamment forte pour se passer de complaisance ; ce dont elle a besoin c'est d'être défendue telle qu'elle est, ce que je suis prêt à expliquer à quiconque le souhaite et à mon ami d'enfance en premier...

André Viard