COEUR D'AFICION


À l'opposé du monde des bisounours que veut nous vendre la communication de diverses arènes, la feria de Céret a permis au coeur de l'aficion de se retrouver autour du toro dans une ambiance certes sévère vis-à-vis des toreros, mais empreinte de solidarité et de camaraderie qui unissait tous les aficionados présents, quelles que soient leurs chapelles.

Sans prétendre donner des leçons à quiconque, il convient de rappeler qu'il n'y a pas de bon aficionado sans une observation clinique du comportement du toro. Dans chaque course de la feria de Céret (voir galerie Amandine), il y eut au moins un toro important, dont les toreros ont plus ou moins profité. Et plutôt que de longs discours, j'invite chacun à se livrer à l'exercice : quelle que soit la corrida à laquelle il assiste, faire l'effort de comprendre le toro afin de pouvoir juger de manière objective la valeur de ce que fait le torero devant.

De manière arbitraire, j'ai retenu quatre exemple : le sixième novillo de Hubert Yonnet, le sixième toro de Cuadri (j'aurais pu aussi choisir le quatrième), le quatrième de Palha et le quatrième de José Escolar. Sans en changer une virgule, mais en les traduisant au plus juste, je vous livre les notes prises sur le vif, qui m'ont servi à structurer les reseñas publiées dans de nombreux quotidiens espagnols au travers de l'Agence Efe.

Pour le Yonnet : Sin cuajarlo como se merecia por la calidad de sus embestidas humilladas y largas - algo carentes de poder por faltarle fuerza - Soler realizo la faena más completa de la mañana. Despues de pinchar cobró a la vez una buena estocada y una voltereta. La presidencia no atendio a la petición de oreja y fue abroncada. Ovacion en el arrastre, saludo del torero.
Sans le toréer comme il l'aurait mérité en raison de la qualité de ses charges longues et par le bas - manquant quelque peu de puissance en raison d'un manque de forces - Soler réalisa la faena la plus complète de la matinée. Après un pinchazo il laissa une bonne estocade et une voltereta. Ovation à l'arrastre, salut du torero.

Pour le Cuadri : "El toro sale aprerando en el capote.Tres puyazos de lejos por Tito Sandoval muy aplaudido. Sigue el toro apretando en banderillas. Le puede por abajo el torero y le liga dos tandas por el derecho repitiendo el toro con celo y por abajo. No tanto por el izquierdo. Cuando vuelve con la derecha, el toro repone algo. Pinchazo y estocada entera, entregandose y saliendo trompicado con la taleguilla rota por la ingle. Descabello ovation en el arrastre. Vuelta Joselillo".
Le toro serre à la cape. Trois puyazos de loin par Tito Sandoval, très applaudi. Toro toujours collant aux banderilles. Le torero s'en rend maître par le bas et enchaîne deux séries à droite, le toro répétant avec caste et par le bas. Pas autant à gauche. Quand le torero revient à droite, le toro le déborde quelque peu. Pinchazo et estocade entière, engagée, et sortant bousculé, taleguilla déchirée à l'aine. Descabello, ovation à l'arrastre. Vuelta Joselillo.

Pour le Palha : "Toro fuerte de buena condicion. Bravo en el caballo, entrando de lejos con fuerza y empujando. Algo desentendido a final de los capotazos en la lidia. A pesar de un ligero gazapeo por momento el toro tuvo buena condicion y Garcia le ligo tandas buenas sobre todo por el derecho donde el toro humillo y siguio el engaño hasta el final. Sin embargo la faena no cogio vuelo y la estocada baja impidio cualquier recompensa. Vuelta protestada al toro (presidente Matias de Bilbao) y saludo para el torero".
"Toro fort de bonne condition. Brave au cheval, entrant de loin avec force et poussant. Quelque peu distrait à la sortie des capotazos durant la lidia. Malgré une certaine propention à marcher par moments, le toro fut de qualité et Garcia lia de bonnes séries surtout à droite où le toro embista par le bas et suivit le leurre jusqu'au bout. La faena ne prit pourtant jamais son envol et l'estocade basse empêcha tout type de récompense. Vuelta protestée au toro (président Matias de Bilbao) et salut du torero.

Pour le Escolar : "Toro fijo sin romper. Dos puyazos sin emplearse del todo. Buena lidia en banderillas saludo de Ramon Moya. Gracias a la inteligente entrega del torero, el toro rompe a bueno, primero por el piton derecho y luego con el izquierdo donde surgen unos naturales inmensos a pesar de algunas coladas. Faena de torero hecho y derecho. Entera, descabello y oreja de mucho peso. Ovacion al toro en el arrastre".
Toro fixe sans se livrer. Deux puyazos sans s'employer à fond. Bonne lidia aux banderilles et salut de Ramon Moya. Grâce à l'engagement intelligent du torero, le toro se livre avec franchise, d'abord sur la corne droite puis à gauche où surgissent des naturelles immenses malgré quelques "collages". Faena de torero mûr et honnête. Entière, descabello et oreille de poids. Ovation au toro à l'arrastre.

Le reste, c'est de la littérature. On pourra donc écrire, sans se tromper, qu'à part Robleño les trois autres toreros sont passés à côté d'un triomphe possible. On pourra écrire aussi que Robleño n'est pas à la place qu'il mérite : sur la vingtaine de corridas qu'il toréera cette année grâce à son encerrona de Céret l'an passé, plus des trois-quarts auront lieu en France. Une situation que connut aussi le Fundi, avant que l'Espagne ne le reconnaisse enfin à sa juste valeur. Là encore on peut broder sur l'injustice du système. Mais pour le faire à bon escient, il faut d'abord faire l'effort de comprendre le coeur du problème : comment le toro embiste et ce que fait le torero devant.

André Viard