LA MASCARADE DE DON BULL


Ayant été le premier, et longtemps le seul à dénoncer ouvertement la mascarade des "corridas" de Las Vegas, tant sur Terres Taurines qu'à Las Ventas lors d'une réunion publiqe en présence de toutes les entités taurines représentatives des huit pays taurins, je ne puis que me réjouir de voir - enfin - un empresario de première importance dénoncer à son tour cette abominable mascarade dont le seul but est de faire de l'argent.

Sur "don Bull", qui a eu l'outrecuidance de proposer que l'on organise aussi des "corridas incruentes" à Barcelone, il est facile de se renseigner : à Pachuca en février dernier il a été à l'origine d'un scandale dénoncé par toute la presse mexicaine (toros minables, afeités et arrivés en retard) et à Mérida, quelques temps après, il a été à ce point imprésentable que la mairie a pris un arrêté, alors qu'il était co-empresario des arènes, pour lui interdire l'accès au callejon.

Rien que cela devrait suffire à le décrédibiliser auprès des figuras. Mais l'appât de l'argent facile est semble-t-il plus fort que le pundonor, et malgré ces faits que chacun connaît, plusieurs ont accepté de se prêter à cette sinistre farce dont Simon Casas montre du doigt le danger comme je l'ai fait ici même : apporter des arguments aux anti taurins.

Faudra-t-il que les aficionados brandissent des pancartes dans les arènes où Morante, Juli et Ponce notamment se produiront, pour leur demander de respecter un peu mieux l'habit qu'ils portent et l'éthique de leur profession ? Ce serait désagréable de devoir en arriver là, d'autant que le machiavélique "don Bull" a probablement bien ficelé son affaire et n'a annoncé ses "ferias" qu'après avoir signé les contrats.

Ponce, Juli et Morante sont donc dans la manga et seules deux sorties s'offrent à eux : la première est honorable mais peut-être coûteuse puisqu'il s'agit de rompre leur contrat avec les risques que cela comporte ; la seconde est piteuse : passer outre la réprobation unanime qui monte de l'aficion pour aller toucher leurs dividendes. À eux de voir.

Ce qui est sûr est que cette affaire sera aussi une belle occasion pour la profession de se positionner. Et il sera intéressant, dans les prochains jours, de voir qui osera, comme Casas, dire leur vérité aux piliers du système.

André Viard