CARRETERA Y MANTA

FERIA DE SANTANDER

LES VICTORINOS REPARTENT AVEC LEURS OREILLES


« A la corrida, il n’y a pas de haine, il n’y a que de l’amour et de la peur », nous disait Cocteau et il savait, en poète, le poids de chaque mot. Aujourd’hui, ces trois sentiments se sont mêlés pour la venue des Victorinos qui n’ont quasiment rien concédé de l’après midi à la terna. Pas grand-chose côté terrain, rien pour les oreilles sur lesquelles ils pourront dormir maintenant en paix, ayant montré à deux figuras et à un maestro en forme et pétri de qualités, de quel bois ils avaient l’intention de se chauffer avant de leur donner le dernier assaut.

Dernière corrida à pieds de la feria de Santiago, il convient de remarquer, mais nous en reparlerons dans la synthèse finale, qu’aucune fois n’a été chantée « adonde vas morena », l’hymne du coso, pas un salut de banderillero du cycle, et pourtant, on peut considérer que cette feria fut un succès. Il reste la bénéficiencia, et l’année dernière, ce fut la meilleure : la ganaderia d’Ortigao Costa est réinvitée et on en attend beaucoup.

La famille Martin est sur tous les fronts en cette fin de mois de juillet. Pas moins de cinq lots auront été lidiés en quatre jours, entre Mont de Marsan, Santander, Beaucaire deux fois demain dimanche avec les novillos de Monteviejo le matin et les toros ensuite, et lundi, à Tudela en Navarre. Est-ce la rançon du succès ? A voir. Cela va pourtant à l’encontre des principes prônés par l’entourage de Jose Tomas qui prêche, lui, la rareté pour imposer la qualité face aux phénomènes de masse. Don Victorino père semble avoir raison, en tout cas, coté qualité, on a retrouvé dans le ruedo enfin un lot portant le 4 sur la patte arrière, des bêtes homogènes (moyenne 560 kg). Et le couple papa-fiston, plein d’entregent et de professionnalisme nous a encore montré au sorteo leur autorité sans effet de manche. Trois cardenos s’étaient engouffrés en même temps dans le patio avant d’être enchiquérés, et commençaient à se battre dangereusement. Deux coups de perche de Victorino fils, trois bruits bizarres avec la bouche, et l’ordre est revenu instantanément. Au paseo

Juan Jose Padilla (lilas et or) arbore sa montera-Mickey que d’aucuns trouvent d’un goût douteux. Mais il a sa claque, et les bandas sont venues en masse « Illa, Illa, Padilla Maravilla » sera leur credo. Mais il aurait fallu au cyclone de Jerez aujourd’hui plus de volonté et moins de cirque pour briller face aux Victorinos. Son premier, qui sera le meilleur de la tarde, était clair à droite, se retournait très vite à gauche (cela a été en fait la signature de tout le lot), embistait, restait fixe entre les séries, présentait tous les caractères de noblesse et d’encaste. Partageant les banderilles avec Ferrera, il nous servit sa déclinaison vue et revue cent fois. Reportez vous donc au menu « harpons-Padilla », puis opérez un copié-collé. Ce cardeno dérobait de temps à autres, mais, et ce sera vrai pour les six toros, aucun des maestros n’a eu le courage de rentre à fond dans le terrain des cornus, ce qui fait qu’ils en ont .non seulement profité, mais les petites séries qui leur étaient proposées, se faisaient sans aucun lien alors que les six gris ne demandaient qu’à répéter. Comme au code de la route, ses deux utilisaient la priorité à droite….ce dont Juan Jose, pas très maravilla aujourd’hui, s’est contenté. Souvent désarmé, il servit son premier d’une épée qui « monta la garde », ressortant de vingt bons centimètres, ce qui lui enleva toute possibilité de distinction, alors que la faena la prédisait. Un silence-siffleté fut le résultat. Il lui fallut de la patience au second, abanto, à querencia aux toriles, pour essayer de lui sortir quelque chose de viable. Un peu fade et faible, le gaditano s’en accommoda encore et n’alla pas plus loin chercher ce qu’il avait réellement sous le capot. Beaucoup de cirque mais peu d’investissement taurin. Une belle épée et donc une pétition d’oreille insuffisante (justement) pour le président, qui, lui aussi, ne concéda rien. Du coup, Padilla, pas gêné, s’attribua une vuelta…sans commentaires, mais les d’jeunes diraient qu’il ne manque pas d’air. A noter que tous les toros ont entendu sonner un avis. Les maestros aussi, puisqu’ils prenaient leur temps pour trouver la clef marquée « Martin ».

Antonio Ferrera (vert pomme et or, épaulettes parées noires), recherche invariablement auprès des tendidos, un accueil à son toreo la plupart du temps fuera de cacho. Quel cabotin ! Mais ca ne marche pas très fort du côté transmission, car il ne faut pas sortir de l’X pour voir son corps cassé, son compas hyper ouvert, sa jambe arrière qu’il dégage à contre sens (on dirait qu’il attend une photo à chaque muletazo), et, de fait, il passe complètement à côté de bons toros comme cette après midi. Son premier cornivuelto embistait bien à gauche, il l’a saboté en le toréant linéairement, en restant dans un terrain vague au lieu de s’investir dans celui du toro, oui, c’est vrai, c’est plus dangereux, mais c’est là où l’on gagne le respect. Et où l’on montre sa vraie valeur. Pas en se trémoussant à base de contorsions convexes-concaves et en se frottant sur le flan du cornu une fois le danger passé. Et que l’on ne s’étonne pas s’il est obligé de toréer à la voix, hurlant à chaque passe, un peu comme les tennismen, mais eux, ca leur donne de la rage pour attaquer, tandis qu’Antonio, c’est pour se rassurer et pousser son adversaire à embister. Ce n’est à mon avis, pas le meilleur moyen d’y arriver et on se lasse d’un tel concert de type bûcheron. Une bonne épée en place mais quatre descabellos, le firent quand même saluer. Le toro, lui, fut très applaudi. Son second était une truite qui se retournait à droite comme prise à la mouche. Il nous resservit un ersatz de lidia comme une sauce mal faite et pleine de grumeaux : pas de liant. Déconfiture totale à l’épée avec ce toro qui chargeait tellement qu’un recibir pouvait être sereinement envisagé. En puis encore une fois fallait il le vouloir. Rideau avec un bajonazo impliquant le silence.

Diego Urdiales (turquoise et or, épaulettes parées blanches) est certes volontaire. Et en forme, il nous l’a montré à Pamplona. Mais il ne toréé pas assez : trois corridas avant de venir ici…c’est encore trop peu pour se jeter dans e grand bain des Victorinos, surtout ceux là. Son premier, très typé Saltillo, petit, mobile, charge courte à droite, meilleur à gauche fut toréé en dépit du bon sens. Résultat, il devint impossible à droite et le danger était présent à chaque passe. Mais comme il embistait pourtant bien ! museau dans la toile, au ras des escarpins en passant. Mais il manquait à Diego le bagage technique suffisant et il fut obligé de s’échapper à chaque passe. Dommage, car avec du lien, c’était un toro d’exploit. Mais il avait calé ses pitons sur le maestro et dès qu’il bronchait, il risquait le tir soudain ! Une delantera verticale très laide mit fin à un combat virtuel qui aurait pu se terminer en apothéose. Son dernier était une locomotive qui le désarma à qui mieux mieux, après une séquence de pique désastreuse. Il s’essaya vaillamment, mais il n’y a que peu de récompense pour la vaillance. Une dernière en place ne fut même pas suffisante pour autre chose que le silence.

Un arrière goût d’être passé au travers d’un joli lot. C’est embêtant pour tout le monde, maestros, public et ganadero. Et pour les statistiques.
Padilla silence sous avis et vuelta sous avis ; Ferrera salut sous avis et silence sous avis ; Urdiales silence avec avis aux deux. Toros 1 et 2 applaudis à l’arrastre, musique au premier.
Denis Guermonprez.


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