"LA PANTALONADE TORISTA DE LA QUINTA"


Monsieur Frédéric Auger, un des lecteurs assidus du site qui ne manque jamais une occasion de nous écrire tout le mal qu'il pense de notre ligne éditoriale, nous écrit ceci à propos de la corrida de La Quinta lidiée à Mont de Marsan :

"Je vais passer sur la parodie de corrida torista vue hier soir à Mont de Marsan, car parodie, il y a eu. Comment oser faire sortir un mayoral à hombros après une course allant de mas à menos, avec des toros  aux cornes explosées et plus que suspectes et avec un seul bicho ayant honoré le premier tiers. Alors de grâce, ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas, à savoir les corridas toristas. Mais il y a plus grave : je veux parler de la présidence et de votre conception du rôle de celle-ci. Depuis quand, celle-ci a-t-elle pour mission de mettre en condition les matadors ? Elle est là pour veiller à l'application du règlement avec en particulier l'attribution des trophées et le respect des avis. Demandez à Don Matias de Bilbao, si son rôle est de mettre en condition les toreros..."

Le reste est du même acabit et le pauvre Marcel Garzelli que tous les bons aficionados ont félicité pour avoir présidé cette corrida importante avec doigté après avoir demandé aux toreros, qui l'ont fait, de respecter le toro en soignant les mises en suerte, en prend pour son grade.
Marcel Garzelli, à qui monsieur Augé, du haut de ses certitudes, dénie le droit de présider : "Que faisait-il à la présidence, alors qu'il fréquente régulièrement 95% des gens présents  le callejon, ce qui l'empêchait d'avoir le recul nécessaire pour prendre les bonnes décisions."

Si je publie cette réaction qui ne mérite qu'indifférence, c'est après avoir longuement réfléchi et considéré le danger qu'il y aurait à laisser se propager sans y répondre les arguments véhiculés par une minorité aussi agissante chez nous que peut l'être celle des antis, minorité à laquelle on doit la plupart des polémiques qui ont secoué ces derniers mois le monde taurin français.

Que l'on ne soit pas d'accord, que l'on ne partage pas les mêmes goûts, que l'on discute et que l'on argumente, tout cela est normal et aide chacun à approfondir sa réflexion dans la mesure où c'est en frottant ses convictions à celles des autres que l'on peut avancer dans la même direction. Notre richesse réside dans notre diversité. Le travail de la Fédération des Sociétés Taurines de France, par exemple, mérite tout mon respect, et il ne se passe pas une semaine sans que nous échangions de nombreux courriers. Mieux : un projet de réflexion commune sur l'avenir de la pique est à l'étude à son initiative, et j'y ai bien sûr immédiatement souscrit. De même que je suis prêt, à n'importe quel moment, à discuter de tout avec l'ANDA "canal historique", c'est à dire avec ceux qui ont fait avancer de nombreus dossiers, avant de malencontreusement confier les clés de leur association à leurs jeunes émules qui n'ont manifestement pas leur capacité de réflexion et suivent, ce qui est troublant, la même logique que les anti taurin : provoquer la polémique pour montrer que l'on existe sans jamais apporter de solution.

Mais qu'y-a-t-il de commun entre monsieur Augé et nous ? Ecrire que la corrida de La Quinta est allée de mas a menos alors que de manière unanime les aficionados de tous bords ont estimé que le dernier toro avait été d'un très haut niveau, ne plaide pas en faveur de sa clairvoyance et permet de douter de ses références.
Ce qui n'est pas très grave, sauf pour lui. Ce qui l'est en revanche davantage, c'est que pareille attitude et pareil entêtement, dénote l'existence d'une "corrida-fantasme" qui n'existe pas et n'a jamais existé.

Etant très fréquemment pris à partie par les tenants de ce courant utopique pour qui toute opinion discordante est une hérésie, j'ai pu, en mettant bout à bout leurs reproches et (ou) leurs injures, me faire une idée assez précise de qui ils sont. Car bien évidemment, pour un monsieur Augé qui signe ses messages - ce qui est à mettre à son crédit - combien de courageux anonymes qui répandent leur bile sur les forums et les listes et se livrent à une désinformation inquiétante pour l'avenir de l'aficion !

Le phénomène n'est pas nouveau, et voici presque trente ans déjà de courageux anonymes avaient pris pour cible tous les faiseurs d'opinion de l'aficion, leur reprochant pêle-mêle leur malhonnêteté et leur incompétence, accréditant ainsi de l'intérieur l'idée que le monde taurin n'est qu'une vaste magouille, permettant ainsi aux associations anti taurines qui font régulièrement nos poubelles de nourrir le dossier à charge qu'elles ont instruit contre nous, et d'alimenter la presse nationale qu'elles n'ont eu aucun mal à convaincre du caractère mafieux du mundillo, ce qui explique en partie le crédit accordé à leurs mensonges récurrents...

Comme ces messieurs se plaisent à le dire, je ne suis pas loin de croire moi aussi que le véritable danger qui menace la corrida se situe à l'intérieur. Mais contrairement à ce qu'ils pensent - le titre de premier anti taurin de France m'a été décerné par eux - ce danger-là ne vient pas de nous. Il vient de leur obscurantisme, de leur aculture taurine et de leur désir irrépressible de nous imposer leurs vues envers et contre tout.


André Viard