CARRETERA Y MANTA

FERIA DE SANTANDER

OREILLE POUR JOSE TOMAS ET FRANCISCO MARCO


Six toros de Victoriano del Rio (le sixième de son deuxième fer Toros de Cortes) bien présentés (de 510 à 628 kg, moyenne 556), ternes dans leur ensemble, faibles mais mobiles.

Jose Tomas (saumon et or) semble être capable de tout couper, non seulement une oreille à un toro qui devrait la garder, mais aussi le vent glacial qui a laissé enfin sa place à une bonne température. Dans une arène qu’il est difficile d’imaginer plus pleine, sous un ciel lourd et nuageux, cette corrida tant attendue se solde en définitive, par quelques figures d’école, une vaillance de la terna face à des adversaire quelquefois dangereux, une distribution de deux petits prix dont l’un au sorcier de Galapagar pour remerciements aux services rendus à l’économie locale. L’effet Jose Tomas a joué non seulement dans le registre commercial, mais il bénéficie pour son retour dans les ruedos dont il a été absent pendant près d’un mois et demi, d’une cote d’amour naturelle qui le rend quasiment unique dans sa catégorie. Mais il est professionnellement irréprochable et il est difficile, voir inconcevable, d’imaginer obtenir avec ses deux adversaires, mieux que ce qu’il a fait, et seraient légions ceux qui auraient plié les gaules en s’en débarrassant à la va-vite. Pas lui. Cela s’appelle un point d’honneur. Il imprima sa facture dès le premier capotazo à son premier. Un vent gênant n’arrangea rien pour lidier ce negro liston très froid et il s’attela à l’impossible avec vaillance et détermination, toujours avec ce calme et cette recherche si particulière du sitio. Le public l’a porté, mais l’adversaire n’était pas à la hauteur. Il ne laissa pas son second faire le moindre tour de piste et le reçut de manière serrée, mais le castaño voulait à tout prix partir vers les toriles. S’imposant avec fermeté, il le ramena dans un terrain diamétralement opposé, et après une séquence de pique où il envoya la cavalerie à terre, il montra une certaine fixité et, curieusement, des démarrages lointains. Mais pas de quoi fouetter un chat. Jose lui vola cependant une série de trois derechazos en prenant tellement son temps que le premier avis est tombé comme s’il se croyait en milieu de faena. S’en moquant, il commença alors cinq manoletinas d’école qui firent rugir le coso. Une entière efficace et le toro se coucha juste après le second avis. Quelle confiance affiche t’il ! L’oreille attribué donna lieu à une petite pétition de seconde, mais était elle justifiée ? A vrai dire, non ! Avant lui,

Manolo Sanchez (bleu cyan et or) avait « levé le torchon » avec un toro qui se révélera a posteriori, avoir été le meilleur de la tarde. Il fut d’ailleurs le seul a être applaudi à l’arrastre bien que sans grande force et sans profondeur de charge. Mais il répétait avec allégresse, fut toréé dans un mouchoir et fut servi d’une entière trasera. A son second, une séquence sembla passer totalement inaperçue du public qui se restaurait à l’entame du quatrième : Manolo a tout simplement emmené son negro au centre en le guidant par des véroniques version doblones, le mufle du cornu chatouillant la toile au gré de cette splendide série qui ne reçut pas le moindre accueil. Mais l’adversaire se réalisa ensuite très brouillon et sans valeur : un pinchazo hondo lui permit d’essayer le descabello. Onze tentatives avant de conclure dans une quasi indifférence. En voisin de Santonia, et après avoir brillé il y a peu, on attendait beaucoup de

Francisco Marco (fuschia et or) qui avait le désavantage de passer juste après Jose Tomas. Un premier adversaire très violent qui le secoua à la cape, se déroba, se révéla dangereux, un peu gazapon, chargeant en ondulant comme un serpent, ne l’empêcha pas de s’arrimer : de belles séries sur la corne droite suivirent un quite prometteur en chicuelinas presque aussi serrées que celles de Jose, mais il fut dominé sur la corne gauche, pourtant moins bonne, qu’il n’arriva pas à guider autrement que par à-coups se terminant invariablement par des heurts brutaux de tête. Une belle séquence de manoletinas sur lesquelles il n’a pas concédé le moindre centimètre précéda une entière tendida un chouïa contraire : une oreille généreuse qu’il voulut transformer à son second en recevant son dernier negro liston chorreado a porta gayola au second cercle. Là aussi, quelques millimètres ont fait passer d’autres effrois que ceux habituellement distribués par le culot pourtant insensé (transformé en art) de Jose Tomas, et une série de sept véroniques pleines d’émotions permettaient d’envisager le final avec bonheur et imaginer le triomphe. Las, dès la pique (affreuse et notée zéro par mes voisins !), des banderilles du même acabit, et une faena plate comme une limande due à une tête restée toujours haute rendant le pensionnaire de Victoriano dangereux à droite, cinq pinchazos, une épée et un avis vinrent clore cette tarde un tantinet décevante. On y entendit une seule fois la musique, six chutes furent comptabilisées sous cinq avis et vingt trois coups d’épées. On attendait à vrai dire une autre inflation côté chiffres.

Manolo Sanchez, salut et silence ; Jose Tomas, salut avec un avis et oreille avec deux avis ;Francisco Marco, une oreille avec un avis et silence sous avis. Denis Guermonprez.



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