DEAMBULATIONS EN TERRES TAURINES
La chronique de Dionxiu

SANTANDER : PEREZ MOTA, L'EPEE QUI LE FAIT PRINCE

A les voir au corral, les six toros de Valdefresno lidiés cette après midi donnaient une impression de « corrida seria », et la mise en chiqueros s’est effectuée, c’est historique pour la place, sans avoir besoin de la moindre aide des cabestros. C’est dire si on attendait beaucoup du lot, et encore une fois, l’adage « corrida de expectacion, corrida de decepcion », s’est appliqué. C’est donc un vrai miracle que l’on ait pu voir sortir un des maestros, - ici le plus jeune dans la hiérarchie puisqu’il prenait l’alternative en ce jour divin pour lui-, des mains de deux grandes noms. Cinq des six cornus, les cinq premiers dans l’ordre de sortie, étaient de type Lizardo Sanchez, le dernier, très Atanasio Fernandez, mais tous mansos, avec une petite lueur d’espoir chez le premier élément qui sortait en toro d’alternative et qui est reparti dormir pour l’Eternité sur une seule de ses deux oreilles.

Temps couvert, rafales de vent, 24 °, lleno total de la plaza.

Enrique Ponce (gris plomb et or), silence et silence les deux fois sous avis, Jesulin de Ubrique , (Corinthe et or), qui venait en remplacement du Cid, blessé à Pampelune, silence avec avis et bronca avec avis, Perez Mota prenant l’alternative (de Dulce, à savoir blanc et or), une oreille et une oreille. Salut au sixième toro du banderillero Augustin Gonzales.

Le jeune Perez Mota, qui est en pleine confiance actuellement car il coupait des oreilles de novillos à tire larigot, en particulier deux à Pamplona, excusez du peu, a su bénéficier du seul toro toréable de la tarde, celui d’ouverture, en gratifiant le public de belles séries droitières au centre du ruedo, en profitant aussi de bonnes charges du même côté. Il s’est pourtant laissé, comme avec tous les suivants, entraîner du côté du toril, et la pétition de ce côté de l’arène a été suffisante pour faire tomber le premier appendice du jour (il sera le seul, hélas à désoreiller ses adversaires), car la moitié « palco » du coso de Cuatro Camion ne voyait pas une telle récompense. Oreille un peu gentille dirons nous. Mais la seconde, au sixième, est venue uniquement sur un coup d’épée formidable, car, pour ce qui concerne la faena, il n’y a strictement rien à dire tant la mansuétude était flagrante, la suerte de varas cafouilleuse, les trottinements de gazapon manso qui ne tourne pas à droite, incontestables. Mais le sésame a été là pour ouvrir la grande porte et c’est en fait ce qu’il lui restera en mémoire… avec ce coup d’épée dans la croix, après un volapié aérien et un plongeon impressionnant entre les cornes, saut d’ange qui tomba Mariposito sans avoir besoin de le faire puntillr à la dague.

Nous passerons donc sur les deux prestations d’Enrique, lui très professionnel et qui a essayé par tous moyens d’obtenir le minimum syndical de ses adversaires, mais le préavis de grève de bravoure avait été déposé il y a longtemps par leur représentant en matière de « mansuétude, cas d’école, premier cahier calligraphié » signé Valdefresno. Le public lui pardonna presque tout, juste quelques sifflets au paseo final.

Il n’en a pas été de même avec Jesulin qui a eu à mettre quelques boules Quies pour supporter les décibels sifflants, un vrai Larsen non brouillé, on pourrait sans trop se tromper , dire qu’il l’a mérité, car il s’en est allé faire un semblant de faena du côté de sa claque, quelques desplante qui ne resteront pas dans les mémoires de l’aficion cantabrique, face à deux adversaire surtout éteints par les piques assassines qu’ils avaient reçus sur ordre, le tout dans un foutoir type d’Ampoigne assez étonnant pour la cuadrilla d’une telle figure, fut-elle en plein déclin (ici, tout du moins….). Et tant pis s’il a ce soir des acouphènes, ce ne sera que justice. Une remarque pour sa cuadrilla qui va bientôt pointer aux listes de recherche d’emploi : elle a volé en éclat aux banderilles du 5, et les péones qui officiaient se retrouvaient complètement seuls en piste, et il a fallu, dans l’indifférence générale un grand Ponce pour sortir d’affaire le suppléant à la troisième paire…. dans l’indifférence générale des autres.

Beaucoup de broncas aux toros, la foule, amère, gronde. Demain sera un autre jour, et il me revient cette phrase de Miles Davis que l’on pourrait tout aussi bien appliquer à cette corrida : « Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffirait de jouer les plus belles »… A méditer, Señor Jesulin. Denis Guermonprez "Dionxiu"


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