VOYAGE EN TERRES TAURINES
Chronique de Denis Guermonprez-Dionxu


SANTANDER : ON COMMENCE À S'ENNUYER FERME

 Connaissez-vous quelque chose de plus exaspérant que la médiocrité répétée, ressassée, et déclinée devant une arène qui continue, envers et contre tout, à afficher « no hay billetes », seule note de sérénité dans une féria qui commence a sombrer corps et âme : il nous faut vite, -  pourquoi pas demain ? – que ces belles bêtes de combat se passent le mot et nous envoie une cargaison de leurs copains quadrupèdes valides, car c’est actuellement dans le ruedo mission impossible de faire tenir le troisième tiers à ceux qui ont été choisis par les pros du Cuatro Camino. Et ce n’est pas un épiphénomène : il est récurrent ! Belle carapace, pas de moteur. Ou poussif. Nous voyons en fait des maestros démotivés face à des adversaires qui attendent patiemment un coup d’épée ( il n’y en a eu que sept aujourd’hui, donc un seul pinchazo) qui les libérera aussi de leur ennui, estoc d’ailleurs pas une seule fois donnée dans les règles de l’art un peu partout sur le haut du dos et dans tous les sens: traseras, caidas, bajonazos, sections d’artère pulmonaire. Navrant mais hélas souvent efficace quand il n’y a aucune chance de trophée pour celui qui l'expédie. Il n’y a quasiment rien à dire de cette corrida, sinon des évidences et cela ne sert à rien de constater que l’eau est humide, le feu chaud, et le pain sec. On a vu des fauves promener tranquillement dans le sable, leur train arrière ankylosé pour ne pas dire paralysé ( par quoi ?)  infligeant à notre vue qui elle aussi, fatigue, leur  démarche chaloupée de type Casimir, et cela nous rappelait les anecdotes de certains aristocrates se moquant en termes très crus de leurs congénères qu’ils considèrent comme des  fins de race. Les autres, pas eux. Le compliment pourrait être étendu au bétail présenté en ce moment ici. On pourrait épiloguer, reprendre tous les jours la même ritournelle, changer quelques mots et quelques phrases, chercher des synonymes et construire du préfabriqué. Et bien non, nous les amateurs de toros braves, on est tous capable d’attendre ; pas toujours sereinement et sans rien dire, non. Mais attendre le moment magique. Pour un seul toro qui nous fera vibrer, et celui là sera le bienvenu pour tous. On s’y prépare. C’est dur et long. Mais il viendra. Mais si ça continue ad vitam aetenam, nous parlerons de plein d’autres choses positives vues dans ce coin superbe du nord de l’Espagne, et des anecdotes croustillantes qui y fourmillent. De la cuisine, du cocido, des expo géniales vues ici (Paul Klee, Agustin Redondela), des paysages magiques de la Cantabrie, de la baie de Santander, des gens extraordinaires que l’on rencontre, des concerts, des chansons, du cidre, de la lumière inouie qui déplace les artistes. Faute de toros, on a de quoi se mettre sous la dent, n’ayez crainte.….Un petit carnet de voyage, pourquoi pas ? Mais terminons par une anecdote taurine : celui qui a le plus grand succès en ce moment dans le ruedo, laissant derrière lui tous, oui bien tous les maestros, est le monosabio Arturo qui est une vedette depuis qu’il s’est joué  la vie lors de l’épisode du patio de caballo et du toro abattu par la police : à chaque passage du picador devant le tendido 6 il est acclamé par des «biéééééén, Turi, biéééééen »  bien sympathiques qui accompagnent sa démarche flegmatique au côté de l’attelage de pique. Un must aussi, car toute l’arène se réveille au moins une fois par toro. A quand l’alternative de « El Turi » ? 

 6 toros de Nunez del Cuvillo, tristes, mous, sans bravoure, à mobilité réduite, éteints à la monopique pour Enrique Ponce salut au tiers et silence, Serafin Marin, salut au tiers et silence, Salvador Vega, silence et silence. Manifestation polie à la sortie des maestros.



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