LES ARTISTES TEMOIGNENT



Sachant qu'il leur sera toujours impossible de jouer les premiers rôles en raison même de la structure du marché, les toreros artistes se contentent de témoigner en espérant que le public perçoit tout ce qu'ils lui donnent.

Hier, l'un d'entre eux s'est pourtant distingué par une performance rare pour un torero de ce corte, je veux parler de Salvador Vega qui a coupé la bagatelle de quatre oreilles et une queue... à Marbella. Je sais, cela ne veut pas dire grand chose, sauf que les faenas de Vega
ont convaincu le public du jour, lequel est on le sait fort généreux. Il le fut d'ailleurs pour ses deux compañeros puisque le Cid a aussi coupé les deux oreilles de son second et le Fandi quatre.

À Avila, Javier Conde - davantage artiste dans sa tête que dans son toreo - et Morante n'ont en revanche rien pu couper en raison de leur malchance à l'épée. Mais des détails il y eut à la pelle. Cayetano - plus classique qu'artiste à mon avis - a pour sa part coupé la seule oreille.

De Mont de Marsan Morante était reparti très déçu, regrettant en même temps sa malchance au sorteo (il fut le seul à ne pas toucher un des bons toros de Matilla) mais aussi la dureté du public à son encontre, lequel n'applaudit que du bout des doigts ses moments magnifique de toreo mais siffla à plein poumons son échec à l'épée. Espérons que ce genre de mésaventure ne se reproduira pas trop souvent : Morante est un luxe dont les ferias ne peuvent se passer.

Et Talavante, direz-vous ? Talavante n'est pas un artiste au sens généralement admis du terme. Il est plus que cela : un torero profond dont l'avenir semble être celui d'une grande figura. Un signe ne trompe pas : si toutes les chroniques rappellent sa ressemblance avec José Tomas, la plupart d'entre elles insistent sur le fait qu'il possède une personnalité propre qui ne demande qu'à s'affirmer. Autrement dit, il est le torero à suivre.


André Viard