L'IMPACT DE SAVALLI


Alors que l'on estime qu'il dispose d'une marge de progression très importante, le novillero arlésien vient de séduire le public de Madrid avec les mêmes armes qui lui ont valu de triompher déjà un peu partout : culot, charisme et enthousiasme.


Et qu'est-ce que ce sera, serait-on tentés de dire, quand Savalli saura en plus toréer ! Le propos peut paraître paradoxal, mais il est fondé. Jusqu'ici, c'est en tous cas mon avis, Mehdi Savalli a surtout circulé grâce à ses qualités foncières. Un minimum de technique lui a alors suffi, pour faire presque chaque jour la différence avec des compañeros bien plus préparés que lui. Un fait qui tendrait à démontrer qu'au delà de l'aspect technique, c'est bien la personnalité des toreros qui est leur bien le plus précieux.

La route qui s'ouvre devant Mehdi est en tous cas bien dégagée, et si par bonheur il remportait vendredi prochain la finale, il deviendrait en une soirée le novillero de l'année... toujours sans savoir parfaitement toréer.

Qu'attend-il donc pour apprendre, demanderez-vous ? Que le novillo lui en fasse comprendre l'urgence. Tant que ça bouge, Mehdi est imbattable : ses qualités physiques ajoutées à son coup d'oeil et à sa vista le rendent irrésistible. Pourtant, dès que les novillos rechignent à bouger, son étoile pâlit. On le vit hier à Madrid où la très sérieuse novillada de Espartaco mit les novilleros à l'épreuve. Face à son premier Mehdi se promena, mais face au second il sembla un peu désemparé.

La raison en est simple : si depuis les années soixante le toreo a tellement évolué, c'est en raison de la propension du toreo actuel à ne plus répéter ses charges. Le toreo de mouvement et de continuité des années soixante a donc évolué et la technique mise au point par les toreros a eu pour but de compenser l'immobilité relative du toro.

De nos jours, chaque torero doit suivre cette même progression et passer du becerro qui bouge beaucoup au novillo qui bouge mais moins puis au toro arrêté. Une des clés de la réussite de Mehdi tient désormais dans sa faculté à brûler les étapes et dans les progrès techniques qu'il fera. Alors, mais seulement alors, il pourra prétendre à une fort belle carrière au niveau supérieur.

André Viard