LE LABORATOIRE D'ISTRES




Malgré son incontestable succès d'audience et artistique, il manquait à la feria d'Istres franchir un pallier décisif en expliquant aux figuras que, bien que de troisième catégorie, l'arène méritait un toro plus sérieux que de coutume. C'est désormais chose faite, l'édition 2015 ayant permis de vérifier que lorsque l'on prend la peine de dialoguer, tout le monde, ou presque accepte de jouer le jeu.

Istres n'est pas, et ne sera jamais Vic ou Céret, mais Istres n'est plus cette arène où sortaient les corridas les plus insignifiantes de France, au prétexte que les figuras acceptant d'y aller, il fallait accepter leurs caprices. Ce changement en mieux est à mettre au crédit de Bernard "Marsella" qui a obtenu ce que les aficionados attendaient : un toro digne.

Pour le reste, Istres est un laboratoire dont il faudra tirer tous les enseignements : les arènes se remplissent grâce à une politique de partenariats habile, le public y est charmant parce que majoritairement néophyte, ce qui ne l'empêche pas de réagir à bon escient. À Istres, ce public local va aux arènes comme l'on va au spectacle, c'est à dire pour passer un bon moment.

L'avenir de la corrida passe sans doute par une analyse très fine des motivations de ceux qui se rendent aux arènes, et le rôle des organisateurs, dans un futur proche, sera de garantir autant que faire se peut un spectacle brillant sans renoncer à l'éthique.

Pour le créneau rugueux, resteront heureusement les arènes jurassiques, où il faudra cultiver le contrepoint en faisant la part belle à la production locale là où l'on s'apperçoit qu'elle peut amener une poignée de spectateurs de plus que des noms prestigieux venus d'outre Pyrénées. Ganaderos français, à vos carnets, votre avenir passe par la qualité et la caste !

Celui de López Simón s'annonce radieux, avec toutefois une inconnue de taille : son forfait de samedi à La Brède sera-t-il pardonné, ou plutôt son forfait de samedi suivi d'une reprise dimanche matin, ou bien lui appliquera-t-on la jurisprudence habituelle en pareil cas, si plainte est déposée devant l'UVTF et que celle-ci inflige une sanction d'un an sans toréer dans ses arnes par exemple ?

Au vu de son talent et de la place qu'il peut prendre aux côtés des figuras ce serait dommage, mais l'entourloupe faite à La Brède ne peut rester sans lendemain, sous peine d'inciter ses collègues à ne plus respecter leurs engagements quand cela les arrange.

L'autre torero gagnant pourrait être Thomas Joubert qui, face à un excellent toro du Pilar, a pu poser sa tauromachie seeine faite de naturel et de personnalité. L'an prochain, il serait injuste de ne pas lui donner sa chance dans les arènes du sud-est au moins, voire au-delà.

Deux jeunes toreros lancés par cette feria - sans compter la confirmation des valeurs en place - le bilan d'istres 2015 est donc hautement positif. Enhorabuena.


André Viard