LA TAUROMACHIE AU PATRIMOINE DE L'ÉLYSÉE


Pour honorer la culture taurine, qui est un des meilleurs vecteurs de l'amitié franco espagnole, le Président de la République a invité trois de ses représentants les plus connus lors du dîner de gala offert à l'Élysée en l'honneur du Roi d'Espagne. Une consécration pour le monde de la tauromachie, qui a intégré ainsi le lieu le plus symbolique de la République.

Par un malicieux hasard, le même jour, la Cour Administrative d'Appel a renvoyé le ministère de la culture et deux associations anti taurines dos à dos, les envoyant ainsi mécaniquement vers le Conseil d'État pour jouer la belle. Ce qui était prévu depuis toujours.

Que dit la Cour ? Qu'après avoir été légitimement inscrite au patrimoine culturel immatériel de la France en 2011 - les antis lui demandaient de dire au contraire que l'inscription n'était pas valable - cette décision a été "abrogée de manière implicite" par le Ministère quelques semaines plus tard, toujours en 2011 donc, par le seul fait que la fiche d'inventaire avait été retirée de son site.

À supposer que la Cour ait eu une juste appréciation des choses, ce qui ne semble pas être le cas, car il n'est écrit nulle part que la publication de la fiche d'inventaire soit obligatoire, il suffirait donc d'un geste implicite pour rendre à l'inscription les effets dont on l'aurait privée - purement symboliques -, comme de publier à nouveau la fiche d'inventaire sur le site par exemple.

Il faut savoir toutefois, et si le ministère était venu l'expliquer devant la Cour la décision aurait été sans doute différente, que le retrait de la fiche -pas de l'inscription- fut consécutif à des menaces graves portées contre divers hauts fonctionnaires accusés d'avoir fait leur boulot, en étudiant de manière scientifique les arguments présentés par l'ONCT en faveur de l'inscription, et en décidant d'inscrire la tauromachie au patrimoine. Menaces qui se doublèrent d'une véritable chasse au ministre qui gâcha l'été de Frédéric Mitterrand, poursuivi partout par une poignée de furieux.

Par mesure d'apaisement, mais aussi, il faut le rappeler, parce que les aficionados ne surent pas se mobiliser pour contrebalancer ce déferlement de haine, la fiche fut donc retirée, pas l'inscription, et par prudence excessive elle ne fut jamais re publiée. Ce qui n'empêcha pas le ministère, chaque fois qu'il eut à répondre à des questions écrites ou orales sur le sujet au Parlement, en 2012, 2013 et 2014, de confirmer invariablement que la tauromachie était bien inscrite au PCI, ce qu'il a d'ailleurs encore affirmé par écrit dans un mémoire remis à la Cour en mai 2015, accompagné de la fameuse fiche d'inscription.

La Cour, de manière étonnante, a choisi de bloquer le compteur en 2011 et est passée outre ces affirmations postérieures provenant de la seule administration ayant autorité pour décider ou non de l'inscription, préférant rendre un jugement salomonique en décrétant que le ministère avait abrogé l'inscription à l'insu de son plein gré en 2011, ce qui ne tiendra pas longtemps devant le Conseil d'État qui sera appelé à trancher en dernière instance.

Car le ministère, faute de paraître avoir été manipulé par une poignée d'activistes violents, est en effet obligé d'aller défendre l'inscription. Dans le cas contraire il donnerait l'impression qu'il suffirait d'effrayer quelques fonctionnaires pour infléchir la position de l'État. Imaginez les émules que pareille dérobade ferait dans tous les domaines. Et la période que nous vivons n'est guère favorable à la démission face au radicalisme.

En outre, et le détail a son importance, la Convention de 2003 de l'UNESCO que la France a ratifié et qui institue le fonctionnement du PCI ne prévoit qu'un cas de retrait d'une culture inventoriée : quand elle a disparu. Ce qui n'est pas le cas de la corrida.

Comment cette décision qu'un ancien locataire de l'Élysée aurait qualifiée d'abracadabrantesque peut-elle s'expliquer ? Par le réquisitoire radical de la rapporteur public dont la Cour a suivi les conclusions de manière mécanique, mais également, une fois encore, par la timidité du ministère qui n'a envoyé personne défendre sa position devant la Cour, d'abord parce qu'il estimait à juste titre que son affirmation sans équivoque de l'inscription suffisait, et peut-être aussi parce qu'il ne s'est trouvé personne prêt à braver la haine.

Le même jour, donc, c'est amusant, le Roi d'Espagne a félicité le Président de la République pour la manière dont la culture taurine était défendue dans notre pays, et lui a confié qu'en Espagne aussi les anti taurins faisaient des misères à tout le monde, mais que malgré cela une grande arène fermée par Bildu allait re ouvrir ses portes : San Sebastien. Ce à quoi notre Président aurait pu répondre qu'en France ce n'était pas une arène qu'on avait ouvert à la corrida, mais trois, à Boujan, Pontonx et Gamarde.

Retenez donc ceci : le ministère de la culture a écrit voici trois semaine - et il ne s'agit pas d'une opinion implicite mais d'une affirmation explicite -, que la tauromachie est inscrite au PCI. Maintenant, si se persuader du contraire réjouit les animalistes, grand bien leur fasse : s'ils pensent avoir gagné, peut-être prendront-ils des vacances. Et par la même occasion nous aussi.

André Viard