MAIN NOIRE À NÎMES



La miurada ratée du Juli à Nîmes a connu hier un dévelopement curieux : très remonté, Simon Casas a fait des déclarations fracassantes à Midi Libre, dans lesquelles il estime que les frères Miura l'ont trompé sur la marchandise et qu'il envisage de porter plainte contre eux. Lire.

Le plus important de cette déclaration est ce qu'elle ne dit pas, et même les frères Miura ne comprennent pas ce qui la motive. Ils sont, nous a déclaré l'aîné Eduardo, désolés de la manière dont est sortie cette corrida, tout comme ils avaient été satisfaits de quelques autres lidiées par eux à Nîmes. De là à se faire traiter plus ou moins d'escroc, il y a un pas qu'ils ne pensaient pas voir franchir un jour par quiconque.

Hier, dès que l'info a circulé, les hypothèses les plus radicales ont fusé en ligne : en gros, le Juli avait pesé de tout son poids pour imposer des toros impropres... Or, il semblerait que ce ne soit pas le cas. Selon Eduardo Miura, le lot prévu pour Nîmes fut composé avant que Juli ne décide de le combattre, et jusqu'au moment de l'embarquement les huit toros ont été préparés.

S'il n'est pas vrai, comme le prétend Casas, que ni l'empresa ni les toreros ne sont venus les superviser, il est également faux que le Juli l'ait fait. Quand il a tienté à Zahariche ce printemps, il n'a même pas demandé à voir la corrida de Nîmes, ce qu'il avait fait l'année précédente quand il pensait tuer celle de Séville.

Ce qui est vrai aussi, est qu'à l'embarquement les veedors de l'empresa et des toreros étaient tous bien présents, que les huit toros initialement prévus étaient dans les prés et qu'Eduardo Miura a proposé au maire de Nîmes et à son adjoint de décider lesquels des huit ne seraient pas embarqués. Ce qui suffit à écarter tout soupçon d'escroquerie de la part des ganaderos ou de magouille de la part du Juli. Les faits sont les faits.

Pourquoi alors ces déclarations déplacées auxquelles personne, dans le monde taurin, n'accorde le moindre crédit ? S'il s'agit d'un système de défense destiné à exonérer l'empresa de toute responsabilité dans ce somptueux ratage, il aurait suffi de rappeler que le Père Noël ne passe pas tous les jours, qu'il y a eu à Séville aussi des Miuras faibles cette année, un autre à Madrid, et qu'il s'agit peut-être tout simplement des conséquences fâcheuses de variations saisonnières inhabituelles.

Eduardo et Antonio Miura s'exprimeront aujourd'hui dans le même quotidien, et connaissant leur élégance et leur éducation, il est peu probable qu'ils se livrent à leur tour à quelques révélations susceptibles de mettre Simon Casas dans l'embarras, même si les arguments ne manquent pas. Ils ne diront sans doute pas que ce n'est pas tant le renvoi des Miura aux corrales que le public n'a pas digéré, que leur remplacement par des sobreros de Garcigrande. Mais ils diront probablement à quel point ils sont désolés que leur honnêteté soit ainsi mise en doute, sans chercher à faire porter le chapeau par quiconque, et moins encore invoquer une mystérieuse main noire qui aurait pu être à l'origine de la faiblesse de leurs toros au moyen d'un tour de pase passe.

Lorsque l'on est avalisé par plus d'un siècle et demi d'une histoire unique, que l'on est en charge d'un mythe historique qui, quoique dise Simon Casas, est toujours bien vivant et en a apporté la preuve en envoyant à Madrid, la veille de Nîmes, un toro déclaré le plus brave de San Isidro, il est des bassesses auxquelles on n'imagine même pas devoir se livrer, fut-ce pour répondre à d'autres. Et cela, toute la planète taurine le sait. Voir reportage.

André Viard