IDIOSYNCRASIE VICOISE



La feria vicoise a vécu. Débutée petitement avec les toros d'Adolfo, elle s'est terminée en grand avec ceux de Dolores Aguirre, ce qui a permis de vérifier quelques constantes comportementales du public des fidèles habitués, ainsi qu'une nette évolution de son niveau d'exigence.

La constante, c'est qu'à Vic on aime le toro qui bouge, celui qui ne s'en laisse pas conter, et qui impose aux hommes un effort considérable. La constante aussi est que l'on a parfois du mal à étalonner le mérite de leur perfomance, et il en résulte un décalage ennuyeux entre l'effort réaisé et la manière dont on le récompense.

J'avais abordé le problème en prévention au soir de la corrida de Victorino à Madrid, mais il faut croire que je n'ai guère convaincu. Et pourtant ! Que l'on y pense : si l'aficion la plus exigente fait la vie impossible aux toreros qui acceptent de toréer les toros qu'elle préfère, un jour ou l'autre il n'y aura plus que quelques morts de faim immatures pour s'y coller. Est-ce souhaitable ? Je ne crois pas.

Ce qui est certain aussi est que le concept de toro vicois se résume désormais à son comportement et moins à sa présentation : la corrida d'Adolfo se cachait (mal) derrière sa tête, mais l'excellent quatrième ne pouvait faire illusion et son gabarit réduit était impropre d'une arène de première catégorie. Mais il fut bon, dans le registre facile. Et Vic aima, ce qui est plutôt nouveau.

La corrida de Cebada était comme l'on dit une échelle, et elle fut sauvée par son dernier grand toro. Celle de Pagés Mailhan accumula les problèmes et sembla marquée du mauvais sort. Celle de Dolores Aguirre enfin fut la seule réellement vicoise au sens bailaquien du terme : du volume, des cornes, du trapio, de la mobilité, de l'émotion. Et si elle mord, c'est mieux.

Parler de triomphateurs dans ce contexte est difficile, mais le nom de Gaben s'impose en tête de liste : quatre courses, trois énormes ovations, et une prestation finale mal comprise mais qui fut peut-être la plus méritoire : aller piquer au centre n'est pas à la portée du premier venu. À ce prix spécial, il convient d'ajouter la cuadra Bonijol, grâce à laquelle le tercio de piques a pris toute sa place à Vic comme il l'avait prise à Céret avant que l'on ne décide de faire du rétropédalage.

Côté toreros, numériquement Escribano et Pérez Mota s'imposent, de même que Lamelas qui aurait du être récompensé à même hauteur qu'eux. Trois toreros sortis du rang à la force du poignet, comme Castaño et Robleño avant eux. Ce qui devrait inciter ces trois toreros à la prudence : comme Madrid, Vic semble avoir pris goût à brûler ce qu'il a adoré.

André Viard