LE GUERILLERO DE BOGOTA

Gustavo Petro, nouveau maire de Bogota après avoir longtemps appartenu à la guerilla natinaliste et urbaine du M-19, s'est mis en tête d'interdire les corridas dans la capitale colombienne. Après avoir sommé les organisateurs de renoncer à la mise à mort des toros, il a, suite à leur refus, rompu le contrat de location de l'immeuble qui appartient à la municipalité.

Gustavo Petro, grâce aux "vertus" du suffrage proportionnel, a remporté la victoire à l'élection municipale de Bogota avec 32,16% des suffrages au nom du Mouvement progressiste qu'il a fondé après avoir quitté le parti de gauche qui dirigeait jusque-là la capitale, le Pôle démocratique alternatif (PDA), divisé par des scandales de corruption.

Pour la petite histoire, l'action la plus spectaculaire du M-19, au temps où Petro y militait, fut la prise du palais de justice de Bogotá, en novembre 1985, où siège la Cour Suprême colombienne. Le commando, qui exigeait que le président Belisario Betancur Cuartas soit jugé, prit plus de 300 personnes en otage dont plus d'une centaine mourrut quand l'armée colombienne donna l'assaut.

S'étant refait une virginité en changeant d'enseigne, Petro a enfourché également une nouvelle morale, et s'est converti à l'animalisme ambiant, prenant un plaisir manifeste à défier l'ensemble de la classe politique colombienne très attachée à la tauromachie.

Dans un premier temps, les aficionados se sont accrochés à l'espoir d'un recours juridique qui s'est vite trouvé privé de base légale : propriétaire de l'arène, la municipalité pouvait sans enfreindre la loi refuser de louer celle-ci pour y organiser des corridas, ce qui aboutissait à une interdiction de facto.

Mais à la grande surprise de Gustavo Petro, les aficionados lui ont opposé un argument imparable : quand les arènes de Bogota furent offertes à la municipalité par leur constructeur Ignacio Sanz de Santamaría, celui-ci prit soin d'nclure dans le contrat une clause stipulant qu'au cas où celle-ci renoncerait à y faire organiser des corridas, l'arène reviendrait à sa famille.

Un détail qui avait manifestement échappé au guerillero animaliste, lequel se retrouve aujourd'hui en bien fâcheuse posture : soit il se déjuge en renonçant à rompre le contrat de location de l'immeuble aux organisateurs des corridas, soit il fait perdre la propriété des arènes à la ville... sans pour autant parvenir à y interdire les corridas. Autrement dit, le guerillero est devenu l'otage de sa propre manipulation.


André Viard