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BOCHORNOSO

Selon le dictionnaire de la langue espagnole,  bochornoso signifie, au figuré, "Rubor causado por algo que ofende o avergüenza", autrement dit "douleur causée par quelque chose qui offense ou provoque de la honte".

Loin de moi l'intention de pontifier, mais il est des spectacles auxquels il vaudrait mieux ne jamais avoir assisté pour conserver intacte l'émotion qui nous pousse à aller aux arènes. Une émotion empreinte de ce sentiment de vérité que chacun cherche où il pense pouvoir le trouver, parfois en suivant les magiciens du toreo, parfois en allant à la rencontre du toro.

Rarement le miracle de voir ces émotions coïncider dans un même ruedo nous est donné, et le plus souvent nous devons nous contenter de cette vision tronquée de la Fiesta idéale que constitue une faena harmonieuse donnée à un ersatz de toro ou un combat de tranchée livré par un torero besogneux face à un grand toro brave.

Le clivage entre les deux aficions qui se reconnaissent dans ces deux versions irréconciliables du spectacle se situe sur cette ligne de fracture que seules quelques grandes arènes parviennent à réduire parfois, en obtenant des figuras l'effort nécessaire. Que l'aficion française ne se plaigne pas trop : chez nous, dans la plupart des grandes arènes, un équilibre respectueux des formes est générlement respecté, bien mieux, en tous cas, que ce que l'on peut voir sur le circuit espagnol des arènes de deuxième catégorie où le toro, de plus en plus souvent et de manière de plus en plus généralisée, est réduit au simple rôle de comparse.

Regarder les images qui fleurissent sur la toile suffit à prendre la mesure d'un problème dont personne ne détient la solution, si ce n'est le public en refusant de cautionner les abus trop voyants, ce qu'il ne peut faire qu'en ne se rendant pas aux arènes. Or, l'expérience le prouve et les entrées le démontrent, ce sont précisément ces corridas là qui font les meilleures entrées.

Bochornoso, disais-je donc, fut par exemple le spectacle de l'alternative du jeune Espla à Alicante, que même le talent de Morante ne parvint pas à sauver de cette désagréable impression d'assister à une descente vertigineuse vers les profondeurs de la médiocrité.

Heureusement, en ce qui me concerne, cette impression désastreuse fut largement contrebalancée par le spectacle offert depuis deux jours par les stars du ballon rond, dont les caprices de castafiores et le mépris évident pour le maillot qu'ils portent ont montré à quel point toute forme de spectacle est le reflet de notre société. La corrida n'échappe pas à la règle, et loin d'avoir l'exclusivité de cette dérive identitaire que nous déplorons tous, elle ne fait que la partager avec la plupart des autres activités humaines qui ont troqué la quête de sens pour la recherche du profit, ce mal du siècle qui nous a mené là où chacun sait.

André Viard