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Lydia Guevarra




PAUVRE "CHE"


Le "Che" Guerara n'en reviendrait pas s'il revenait parmi nous, lui, amateur de toros, de Cuba Libre et de gros cigares, de voir sa petite fille servir d'image publicitaire à la prochaine campagne du Peta, organisation capitaliste s'il en est dont les profits sont proportionnels à l'agitation qu'elle suscite.

Une campagne annoncée pour le troisième trimestre de cette année et axée sur les vertus du végétarisme que le Peta souhaite imposer au monde entier, sa lutte en faveur des animaux n'étant que le prélude de ce projet plus ambitieux mais moins facile à faire avaler.

Ce qui explique que l'on n'ait pas lésiné sur les moyens, quitte à balancer l'air de rien quelques images subliminales : Béret rouge de la "Revolucion" sur la tête, topless et harnachée d'une cartouchière de carottes (on n'a pas osé les bananes) portée en bandoullière, la demoiselle qui répond au nom de Lydia Guevarra a donc déclaré qu'elle avait accepté la proposition de l'organisation d'offrir son nom - et donc celui de son oncle malgré lui - pour soutenir cette campagne jugée primordiale pour l'avenir de l'humanité.

Le "Che" a du faire quelques vueltas dans sa tombe après cette récupération inopinée qui semble ces jours-ci fort à la mode dans des milieux soit-disant progressistes mais qui sont surtout fidèles aux pires méthodes du totalitarisme, mensonge, amalgame et désinformation compris.

Le week-end dernier, par exemple, le quotidien l'Indépendant a publié sur une demie page l'interview d'un polémiste anti corrida, lequel était accompagné d'un article contextuel signé par un journaliste de la rédaction et dans lequel on pouvait lire que la République espagnole avait aboli les corridas avant que Franco ne les rétablisse. La corrida est donc une pratique fasciste étaient donc invités à croire les lecteurs catalans.

L'erreur est humaine et nous sommes prêts à croire que la surcharge de travail qui doit être la sienne a empêché notre confrère de bien faire son métier, c'est à dire de vérifier les faits qu'il s'apprêtait à écrire. Ce qui est ennuyeux est que ce même manque de temps a empêché son rédacteur en chef de corriger ce qui est en fait un gros mensonge, et que même le directeur de la rédaction n'y a vu que du feu.

Ce qui est ennuyeux surtout est que le lecteur est en droit d'attendre de ceux qui l'informent un minimum de sérieux, et, hormis dans le cadre d'articles d'opinion, mais ce n'était pas le cas, une objectivité conforme à l'éthique journalistique. Il fut un temps où ce genre d'article serait passé sans que nul n'y réponde. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, et l'Observatoire des Cultures Taurines a donc demandé un droit de réponse qui permettra de rétablir la vérité, sur une demie page aussi.

A ce jour, la rédaction de l'Indépendant n'a pas encore daigné répondre à la demande courtoise qui lui a été faite. Si c'est toujours le cas lundi, les avocats de l'Observatoire la mettront en demeure d'obtempérer et l'affaire sera portée à la connaissance du patron du groupe de presse propriétaire de l'Indépendant, lequel n'est ni à Perpignan, ni à Montpellier, mais à Bordeaux, et se trouve être un excellent aficionado qui sait parfaitement que la Rébublique n'a jamais aboli les corridas - elle en a au contraire organisé à son propre bénéfice - et que Franco n'a pas eu à les rétablir car, même aux plus noires heures de la guerre civile, il y en eut toujours d'un côté et de l'autre de la ligne de front.

Une anecdote parmi bien d'autres permet de comprendre à quel point le journaliste de l'Indépendant s'est fourvoyé : quand le général Miajas - un des héros de la bataille du Jarama et un des grands chefs militaires de la République - fut contraint à l'exil avec toute sa famille car sa tête était mise à prix par Franco, il s'installa à Mexico où il se réunissait souvent avec de nombreux autres éxilés républicains dans le cadre d'un club taurin de la capitale. Son neveu se souvient que dans la famille on parlait très souvent de toros, ce qui était une manière de conserver un lien avec la mère-patrie et que chaque dimanche son oncle l'amenait avec lui aux corridas. Il se souvient aussi que son oncle avait fait partie du groupe de républicains auquel Manolete était venu rendre visite lorsqu'il avait toréé à Mexico. Et ce même neveu, des années plus tard, créa avec Pepe Chafick la meilleure ganaderia mexicaine contemporaine, celle de San Martin. Il s'appelle Marcelino Miajas, et il nous a raconté son histoire dans l'opus 11.

Si j'y pense, je l'enverrai au journaliste de l'Indépendant. Cela lui permettra de disposer de bonnes sources.

André Viard