canamero
Paco Canamero




EPURATION A LA TRIBUNA


Depuis de longues années, suivant les pas d'Alfonso Navalon, plusieurs jeunes journalistes s'étaient consacrés avec bonheur à la chronique taurine du quotidien salmantino "La Tribuna" dont la rubrique faisait référence tout en faisant grincer pas mal de dents.

Cette école très "américaine" par la manière décomplexée dont elle aborde les problèmes présente de bons et de mauvais côtés. Les bons chacun les connaît : pour nettoyer les écuries d'Augias il faut bien que quelqu'un prenne le balai. Ce que ces journalistes n'ont jamais rechigné à faire, avec excès parfois, n'hésitant jamais à passer la ligne jaune qui sépare ce que l'on doit dire de ce qu'il vaudrait mieux pas.

"La vérité, rien que la vérité, mais pas toute la vérité" a toujours été la maxime favorite des journalistes bien informés et conscients des forces obscures qui gouvernent le monde, lesquels savent aussi que les limites à la liberté d'informer ne sont qu'une question de longueur de chaîne. Et pour la connaître, il suffit de tirer dessus.

De mon passage par divers medias, j'ai retenu une leçon très simple : soit on accepte la forme d'auto censure qu'à un moment ou à un autre on vous suggère (en ce qui me concerne j'ai démissionné quand le problème s'est posé), soit on prend le risque de déplaire, et donc de se faire virer.

Tout est donc affaire d'équilibre, ce qui, dans un domaine aussi passionnel que la tauromachie, est rarement compatible. Les jeunes émules de Navalon - qui s'était fait débarquer en son temps pour délit de trop grande gueule - ont donc chuté du côté où ils penchaient en se livrant à quelques critiques jubilatoires parfois trop poussées, oubliant peut-être que la liberté que chacun peut s'octroyer sur un blog trouve forcément ses limites au sein d'une rédaction. Surtout, et ce fut le cas à La Tribuna, quand des jeux de pouvoir prennent le media en otage pour s'en servir de tremplin vers de plus hautes ambitions.

Il suffit parfois de pas grand chose. On se souvient il y a quelques années du renvoi retentissant d'un critique féroce à qui l'on avait plusieurs fois fait passer le message : le grand patron du groupe qui l'employait était trés ami d'un torero qu'il éreintait quotidiennement. Au bout d'un moment, le critique ayant passé outre, le message fut remplacé par une lettre de licenciement.

Paco Canamero a donc été viré de La Tribuna. Fort en gueule, généreux, truculent, féroce à ses heures et plein de talent, il est surtout un aficionado de la première heure, né au coeur du Campo Charro, à la Fuente de San Esteban. La rubrique taurine de La Tribuna est depuis beaucoup plus calme, mais beaucoup moins lue aussi.
Animo companero !

André Viard