LES PAPINADES DE RAFAELILLO

Même physique, même habileté dans le combat rapproché, même filouterie pour tirer partie de la moindre ouverture pour s'imposer, Rafaelillo c'est le Papin des ruedos, un renard des surfaces qui se bat jusqu'au bout.

De la tête à bout portant, de loin en visant la lucarne ou du talon en trébuchant, un but est un point gagnant. Qu'importe le style, seul le résultat compte. Fort de ce principe que les toreros ont parfois le tort d'oublier, Rafaelillo ne lâche rien, ne se rend jamais et tente jusqu'à la dernière seconde d'emporter l'adhésion du public. Et cette ténacité est finalement ce qui fait son charme, comme c'était le cas jadis pour l'avant-centre français.

La preuve : un second adversaire vite avisé et une ambiance qui s'étiole. Rafael change alors de braquet, enclenche les crabots et entame la remontée. Deux séries à peine, mais à la force du poignet bien en appui sur les mollets. Une estocade basse derrière et le public, bluffé par l'enthousiasme non feint du torero, obtient l'oreille.

Juste après, Sergio Aguilar tente le but parfait, caresse le ballon en l'effleurant à peine et se fait sanctionner deux fois par autant de tacles sournois. Jusque là, inconscient en apparence de l'arrimon tranquille qu'il s'infligeait face à un toro qui n'admettait que les passes à l'unité et qui chassait l'homme dés lors que l'on exigeait de lui qu'il répète, le public avait été à deux doigts de le siffler, comme un arbitre lassé de voir un joueur flirter trop longtemps avec la limite du hors jeux.

Autrement dit, même à Vic où mieux que partout ailleurs on devrait être à même de faire le distingo, le toreo classique et l'engagement froid ne payent pas autant que les papinades.


André Viard