JEAN PAUL





FERIA DE VIC

Chronique de Jean-Paul Campistron

OREILLE POUR RAFAELILLO


Irréprochables de présentation, les toros de la Quinta ont proposé un jeu très varié. Braves sous le cheval, ils possédaient un piquant perturbant les piétons qui devaient rechercher la technique adaptée aux charges particulières. Le premier était noble mais faible, le second était bon mais manqua de transmission, le troisième s’est abimé le train arrière avant les piques et a été changé par un Cortijoliva de plus de cinq ans, manso et dangereux, la quatrième fut noble mais un peu court à la muleta, le cinquième, trop piqué, était noble et bon mais colla rapidement des deux côtés, le sixième avisé. Luis Francisco Espla, salut au tiers et ovation au centre, Rafael Rubio Lujan « Rafaelillo », salut au tiers et oreille, Sergio Aguilar, silence et ovation au tiers.
Espla était venu à Vic faire ses adieux. Face à son premier, il ne force pas son talent. Le toro est faible mais bon. Espla banderille sourire aux lèvres avec réussite. Il réalise une faena de pré retraité, et enchaine plusieurs séries courtes à droite. A gauche, il file vite vers l’arrière train du toro en laissant la muleta au museau. Demi-lame plate, basse et devant, un descabello, le public approuve et demande un salut. Face à son second, même comportement avec le souci de parsemer son ouvrage de détails d’un autre temps. Il pose proprement les deux paires de banderilles, prend la muleta, garde sa montera sur sa tête, et tire des séries de deux muletazos enchainés en père tranquille et en se déplaçant pendant la passe pour éviter le danger. Techniquement, c’est intelligent mais c’est du toreo en trompe l’œil. Dommage car le toro était noble et bon. Trois pinchazos, une entière habile, un descabello avec le petit détail pour obtenir l’adhésion du public : il pose sa montera sous le museau du toro avant de porter le coup fatal, ovation au centre du ruedo.
Rafaelillo va finir par devenir la nouvelle coqueluche vicoise. Son premier prend deux bonnes piques en brave mais sans force. Le toro réclame de la douceur à la muleta, le murciano la lui donne en tout début de faena par deux séries de droitières. Malgré quelques approximations, le torero réalise un ouvrage complet mais qui manque de profondeur. Entière dans le cou et contraire, un avis, un descabello, salut au tiers. Son second est grand, lourd et doté d’une redoutable armure. Le toro pousse en brave lors de la première rencontre face au cheval qui se fait bloquer contre les planches, s’assoit en déséquilibre et se relève illico dès que le toro relâche son étreinte. Formidable Icône, cheval d’Alain Bonijol ! A la muleta le toro est noble mais piquant. Rafaelillo réalise les deux premières séries droitières avec adresse. La suite se complique, le toro le serre des deux bords et le torero engage un combat par une succession de passes nerveuses mais volontaires. L’option de la quiétude a été écartée. Enorme épée mais très basse, oreille.
Sergio Aguilar a par contre choisi l’option du toreo pur. Son premier ( le sobrero) est un énorme toro dangereux et manso, impossible à cadrer. Il se distinguera par sa puissance et sa violence lors de quatre rencontres au cheval. Aguilar s’en défait de deux pinchazos suivis d’une entière basse, silence. Face à son second, Aguilar fait admirer son luxueux toreo de cape par une magnifique série de véroniques veloutées et une rebolera somptueuse. Le toro fait tinter les étriers lors de deux rencontres au cheval. A la muleta, le madrilène réalise plusieurs séries droitières profondes et templées. Mais le toro développe du sentido au fur et à mesure de la lidia. Le torero ne s’en méfie pas et continue de se livrer. La sanction ne tarde pas et Aguilar voltige au dessus des cornes après une série gauchère, heureusement sans dommage. Il file chercher l’épée, tente une série de manoletinas et reçoit une terrible correction à nouveau sans gravité. Sa cuadrilla saute en piste pour s’interposer et l’un d’entre eux reçoit une voltereta impressionnante qui lui vaudra une luxation de l’index droit. Aguilar conclut par une superbe entière un peu derrière, un avis, grande ovation au tiers. Temps très agréable et arène presque pleine, 27°.








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