LA PLUSVALUE CULTURELLE


En annulant la concession de Las Ventas aux frères Lozano en 2002 sur un problème de procédure, le Tribunal Suprême espagnol vient peut-être indirectement de poser les bases d'une nouvelle manière de concevoir les adjudications d'arènes.

De quoi s'agit-il ? Des droits que devrait préserver toute procédure d'appel d'offre afin que les candidats battus puissent contester l'attribution avant que celle-ci ne devienne définitive. Ce ne fut pas le cas en 2002 bien que l'empresa Banf 2002 dont Simon Casas était l'associé représentant ait eu des arguments à faire valoir, son offre ayant semblé notablement sous notée par rapport à celle des lauréats. Mais sans possibilité de contestation, l'adjudication fut immédiatement considérée comme définitive. Et le cas de figure se représenta deux nouvelles fois, en 2004 et 2006, Simon Casas et ses associés contestant en vain à chaque occasion l'attribution aux Choperitas.

Que peut-il se passer maintenant ? La décision du Tribunal Suprême étant définitive et les deux adjudications suivantes à celle de 2002 ayant également fait l'objet de recours, il est probable qu'elles seront également tôt ou tard toutes deux annulées.

Dans ces conditions, la Comunidad - dont les responsables ont changé par rapport à 2002 - peut-elle accorder à Taurovent la première prolongation auquelle elle a droit, sachant que l'adjudication de 2006 qui le lui accorde sera vraisemblablement déclarée nulle au même motif que celle de 2002 ? Cela semble difficile et la réponse sera connue le 15 juillet, date butoir avant laquelle l'actuelle empresa doit faire sa demande.

Connaissant les excellentes relations qui ont jusqu'ici présidé aux rapports entre la propriétaire de l'immeuble et son locataire, on est fondé à imaginer qu'avant toute prise de position de l'une ou de l'autre, des échanges fructueux auront lieu. Ce qui permet de penser que si les Choperitas demandent le prolongement de leur contrat, c'est qu'ils auront eu l'assurance qu'elle leur serait accordée. Dans le cas contraire, si la Comunidad choisit d'anticiper sur une probable décision judiciaire contraire, il y a fort à parier qu'elle saura dissuader l'empresa de faire valoir ses droits.

Auquel cas un nouveau concours serait alors organisé à l'automne, pour lequel on peut penser que Simon Casas aurait de solides arguments à faire valoir auprès de la Comunidad qui risque bien, dans la logique de la décision du Tribunal Suprême, d'être condamnée à lui verser une indemnisation importante. À ce niveau d'affaires politico-commerciales, il faudrait être bien naïf pour ne pas envisager des tractations possibles dans l'intérêt de toutes les parties. Un renoncement à l'indemnisation contre la concession des arènes ? Tout dépendrait de l'ambition de Simon Casas. Et aux dernières nouvelles, gérer les premières arènes du monde ne serait pas pour lui déplaire...

Et si la question se pose, il faudra se souvenir qu'à trois reprises il intégra dans son projet de gestion la question culturelle, laquelle, avec la pression anti taurine qui ne retombera pas, devra être prise en compte par les élus de la Comunidad dans les prochains cahiers des charges. De plus en plus les empresarios taurins - à commencer par celui de Las Ventas - devront être capables d'intervenir dans le domaine de la culture et de soutenir le discours moderne et novateur dont la tauromachie a besoin pour intégrer définitivement le domaine des arts majeurs. Et dans ce domaine là, sans préjuger de la capacité de tous les caciques à se recycler, Casas sait faire...

André Viard