LA DIFFICILE FACILITE


En une douzaine de muletazos à peine, Julio Aparicio a rappelé au public madrilène que le toreo est avant tout affaire de sensibilité, de mesure et de simplicité. Douze muletazos, peut-être moins, au parfum d'éternité.

En d'autres époques, ces muletazos auraient fait rugir Las Ventas et auraient suffi à alimenter les tertulias tout l'été. Hier, Las Ventas a applaudi, s'est montrée chaleureuse, mais le mur du son n'a pas été franchi. Sans doute le déficit d'image dont Aparicio pâtit en raison de son éloignement des ruedos a-t-il joué contre lui, de même que le type de faenas auxquelles les aficionados sont habitués : longues, très engagées et construites de manière spectaculaire.

La sienne fut courte, mesurée et ce qui fut spectaculaire fut l'absence totale d'effets faciles de la part du torero qui, jouant simplement du poignet et de la ceinture, accompagna au ralenti la douzaine d'embestidas nobles que le toro lui offrit. La difficile facilité.

N'allons pas en conclure qu'Aparicio a hier gravi un des sommets de la temporada, mais réjouissons-nous toutefois que ce toreo-là, exhumé des profondeurs de l'histoire, ait pu séduire le public madrilène contemporain et puisse permettre à son auteur d'espérer relancer sa carrière, modestement sans doute, mais dans des conditions qui peuvent lui laisser entrevoir, voire espérer, quelques années de répit. Après tout, Curro Romero a bien bâti son mythe sur ce genre de faenas.

André Viard