MUNICIPALES ESPAGNOLES


Après avoir fait de l'abolition des corridas un argument de campagne pendant quelques mois, à l'approche du scrutin municipal de dimanche les partis de gauche et extrême gauche sont revenus vers des positions plus consensuelles, après avoir compris qu'attaquer la Fiesta n'apporte aucun vote mais peut en enlever.

Quelque soit le résultat de cette élection, ce qui semble probable est que dans la grande majorité des cas on assistera dans les villes espagnoles à la fin du bipartisme qui a prévalu depuis la Transition Démocratique entre le PP et le PSOE. Usés par la crise et les scandales financiers, les deux partis de gouvernement vont devoir apprendre à négocier afin de trouver des majorités aternatives, faute de pouvoir en conserver une absolue.

Pendant des mois, la "troisième force" qui semblait émerger était celle de Podemos, une ultra gauche agressive calquée sur le modèle vénézuélien qui l'a en partie financée. Mais rattrapés à leur tour par les scandales financiers, leurs principaux leaders ont eux aussi du plomb dans l'aile. Ce qui tombe bien, dans la mesure où cette ultra gauche "chavessiste" brandissait l'abolition des corridas comme un étendard susceptible de la conduire à la victoire.

Cette troisième force est donc désormais la quatrième, dans la mesure où une nouvelle formation de centre droit est apparue, Ciudadanos, née en Catalogne où, lors du vote de la loi abolitionniste, son leader, Albert Rivera, avait défendu la liberté culturelle et donc le maintien des corridas.

Pour l'instant, comme les élections anticipées pour la Comunidad andalouse le montrent, même en grande difficulté en raison de leur impossiblité à faire élire présidente leur leader, les socialistes n'ont pu se résoudre à passer une alliance avec Podemos, dont le programme s'apparente à celui que défendaient les groupuscules les plus radicaux qui aboutit dans les années trente à l'échec de la République avant de provoquer le coup d'état que l'on sait.

Ce shéma risque de se reproduire dans de nombreuses villes, le cours naturel des choses étant toutefois de voir le PP formaliser des pactes avec Ciudadanos et le PSOE avec Podemos. Dans le premier cas, aucune attaque contre la Fiesta n'est à craindre, et dans le second cela semble de moins en moins probable également.

L'ayant compris, quelques animalistes irréductibles sont venus gâcher la clôture de campagne des socialistes madrilènes, en perturbant leur ultime meeting aux cris de "Toro de la Vega abolition", et en reprochant au secrétaire général Pedro Sanchez son manque de parole.

On se souvient en effet que celui-ci avait fait du Toro de la Vega un des arguments de son début de campagne, mais depuis beaucoup d'eau a coulé sous les ponts du Duero, et la tauromachie n'est plus un enjeu.

André Viard