RUÉE MÉDIATIQUE



Alors que Morenito de Aranda a peut-être réalisé une des faenas les plus importantes de la saison madrilène qui débute, la plupart des principales plumes de la presse spécialisée madrilène était à Aguascalientes pour asssiter au retour de José Tomás.

Les vidéos de la prestation du torero étant en ligne - et on imagine que le résumé offre les meilleurs moments - chacun peut se faire une idée de la justesse des critiques ou louanges formulées ici et là.

Personnellement, après les avoir visionnées, je serais assez tenté de suivre l'avis formulé dans le quotidien sportif Marca où l'on analyse sans complaisance les trois faenas du madrilène et où l'on considère que les meilleurs moments de la tarde ont été offerts par le vétéran Zotoluco.

La ferveur qui entoure José Tomas étant ce qu'elle est, cet avis pourtant formulé sur un ton mesuré a déjà déclanché une salve nourrie contre son auteur, accusé en outre de s'être dissimulé derrière un pseudonyme. Rien de ce qui concerne José Tomás n'est décidément anodin, et c'est sans doute là son plus grand mérite.

Car une fois de plus on est en droit de déplorer que cette formidable chance que représenterait sa présence dans les ruedos européens ne soit pas à son programme. Après Aguascalientes où José Tomás se produira-t-il ? Pas grand monde ne le sait, et la plupart des empresas s'en fichent, dans la mesure où trop de tentatives infructueuses pour l'approcher ont fini par lasser les plus enthousiastes.

L'inconvénient de ce retour médiatique est qu'il a en partie occulté la performance de Morenito de Aranda à Las Ventas. Les images de sa faena sont elles aussi en ligne, et pour ceux qui n'ont pas vu la corrida en direct, il est possible de mesure l'abîme existant entre les deux évènements du jour - celui d'Aguascalientes et celui de Madrid.

Car le plus remarquable de la faena de Morenito est qu'elle fut réalisé face à un toro encasté, entier, accrocheur et quelque peu désordonné tout en obéissant aux toques et en se laissant entraîner par le bas si l'on savait s'y prendre. Souvent superficiel, Morenito a sans doute réalisé ce 2 mai la faena de sa carrière, et en tous cas celle qui devrait lui permettre d'escalader quelques marches de l'escalafon... s'il existe encore un peu de justice dans le monde taurin moderne.

En tous cas elle est de celles qui confortent l'aficion et donnent des raisons de croire en un avenir moins maussade : il existe encore des toros encastés porteurs d'émotions essentielles - de sang Domecq de surcroît - et des toreros capables d'oublier les avantages qu'offre la technique moderne, pour prendre le risque du toreo profond et inspiré.

Un derechazo et un changement de main furent dignes de toutes les anthologies taurines. À eux deux ils justifièrent l'espoir que l'on peut mettre dans le retour d'une expression plus poétique du toreo. La même que défendait José Tomas avant que le marketing ne prenne le pas sur elle et que son exemple ne soit copié par ses confrères les pus importants.

André Viard