POLÉMIQUE



Depuis qu'il a refusé l'oreille de son second toro à Alberto Aguilar, le président Julio Fernandez, que ses amis appellent "el barroco", est la cible de tous les medias qui, dans un bel exercice d'indignation, lui reprochent d'avoir privé le torero d'une sortie par la Grande Porte dont, dit ce dernier, il avait tant besoin.

Le principe de nécessité ne faisant pas partie des critères retenus lors de l'attribution des trophées, cette charge quasi unanime de la presse semble indiquer que celle-ci a enfin trouvé l'occasion de décharger son mal être sur une cible plutôt facile : de par sa fonction - il est président parce que commissaire de police - Julio Fernández ne peut répondre que de manière institutionnelle, et taper impunément sur un flic, semble être un plaisir jubilatoire dont certains confrères entendent bien ne pas se priver.

Il faut dire que pour toutes sortes de raisons cela fait quelques temps qu'ils se retiennent, et que ni les pétards ganaderos, ni les fracasos de figuras n'ont suscité de leur part les critiques que l'on en attendait pour se persuader qu'il existe encore cette forme de conscience salutaire que la presse indépendante a toujours véhiculé.

Si l'on veut considérer le bon côté des choses, ont peut toujours se dire que l'avalanche de reproches qui tombe sur le "barroco" n'est que le syndrome du mal-être de toute une profession, qui a sauté sur l'occasion de digérer ses frustrations en s'en prenant à un acteur secondaire.

Au demeurant, alors que l'accusation qui lui est faite est de n'avoir pas souscrit aux voeux de la majorité du public qui demandait l'oreille - certains ont même parlé d'unanimité - il a répondu hier qu'à son avis la pétition ne représentait que 30% des présents, et qu'elle était donc minoritaire. Un avis subjectif sur une réalité objective, qu'avant de crier haro sur le baudet nos confrères auraient été bien inspirés de solliciter, ce qui leur aurait évité de se lancer dans des tirades ridicules sur le franquisme, l'abus de droit, le déni de démocratie et le totalitarisme. Tout cela pour une oreille, qu'on en a en outre le droit de considérer que le torero ne méritait pas.

André Viard