LE PRÉSIDENT DE SAN ISIDRO


Un président de la République et un Premier Ministre investis un jour de San Isidro ne peuvent pas être foncièrement anti taurins, et il reste à espérer que le ministre de la Culture que nous toucherons aujourd'hui ne soit pas trop sensible aux thèses écologistes. Après, la boucle sera bouclée.

Je ne puis m'empêcher de voir d'ailleurs dans la série de ratages qui a accompagné le premier jour de notre nouveau président, un parallèle malicieux avec cette San Isidro qui vole au raz des paquerettes : ratage dans la communication avec la polémique Ferry, ratage dans le vol vers l'Allemagne à cause de la foudre, ratage encore dans le tempo de l'annonce du Premier Ministre, on peut dificillement faire mieux en un seul jour, sauf à Madrid où Taurodelta les accumule toutes depuis le début de la feria : toros décastés, vides, mous, mansos, en un mot modernes...

La crise n'épargne personne, et quand les actes doivent prendre le relai des discours, on s'aperçoit, dans un domaine comme dans l'autre, qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. Je me garderai bien de porter un jugement sur le monde politique, ce n'est pas mon métier, mais en revanche, quand je vois des toros prévus pour Madrid passer directement des champs au mueco pour enlever les fundas, du mueco au camion, et du camion à l'arène, je ne puis m'empêcher de penser et de dire que le monde taurin marche sur la tête. Personne ne voit-il donc qu'avec ce qu'il subit en moins de 48 heures, lorsqu'il pénètre sur le sable de Las Ventas le toro a déjà fait sa course et n'aspire plus qu'à se coucher ?

Il faut que nous ayons l'air bien naïfs pour que l'on pense nous endormir avec l'alibi culturel installé devant les arènes, à la place où l'hiver on monte le cirque. Car au fond il s'agit bien de cela, d'un cirque médiatique conçu comme une diversion, en espérant que la fumée des discours cachera la misère du ruedo.

L'autre écran de fumée, c'est le retour de José Tomas, accompagné par le Juli et Padilla. Pour le premier, on comprend l'intérêt de l'opération : le 25 juin à Badajoz, pour la première fois de sa saison, il toréera dans une arène pleine. Et on devine qu'il y a dans ce choix les prémices d'une rupture avec Manzanares qui devient un concurrent génant. Pour José Tomas, toréer avec le Juli permet de faire taire les critiques de l'an passé qui lui reprochaient de ne faire le paseo qu'accompagné de comparses. Résistera-t-il au cyclone Juli qui en ce moment souffle tout sur son passage ? Prendra-t-il la rouste de sa carrière ? Ce qui est certain est que côté toros on se la joue pépère avec les Garcichicos de service qui devraient permettre à tout le monde d'être bien.

André Viard