LE RETOUR DES NUÑEZ ?



La bonne, voire excellente novillada de Nazario Ibañez lidiée hier à Las Ventas jette un coup de projecteur sur un encaste bien marginalisé après avoir connu lui aussi une longue époque de gloire. Car c'est en même temps que Juan Pedro Domecq, que Carlos Nuñez inventa dès les années quarante le toro moderne.

Pourquoi les trajectoires de deux encastes si proches différèrent-elles ensuite ? Sans doute parce que la mobilité encastée des Nuñez, malgré leur tranco supplémentaire, apparut un jour plus incommode que la noblesse plus fondante de leurs cousins germains, auxquels, dès la création de l'encaste Domecq, ils avaient apporté leur sang, pour tempérer un peu celui plus rugueux des Pedrajas et Mora Figueroa.

Et en quelques années, après avoir offert des triomphes mémorables à toutes les figuras, la planète Nuñez s'effondra tandis que celle de Domecq monopolisait les affiches et les parts de marché au niveau des créations de nouvelles ganaderias. Sans la passion de quelques ganaderos, dont ceux de la famille Nuñez, du Conde de la Maza, d'Antonio Briones, et surtout des frères Lozano, cet encaste aurait pu être totalement absorbé.

Il n'en est heureusement rien, et il est réjouissant de voir un ganadero triompher à Madrid en novillada avec ce sang dont les figuras, une fois de plus, ne veulent plus depuis longtemps, sauf, de loin en loin, pour faire plaisir aux frères Lozano, comme à Bilbao l'an passé où sortit aussi une corrida remarquable et variée.

André Viard