PRISE DE CONSCIENCE



L'image de toreros équatoriens enchaînés sur une des places emblématiques de Quito renvoie aux aficionados une image mitigée : perdent-ils leur dignité de torero, ou montrent-ils l'exemple à suivre quand faute d'appui institutionnel une culture est en danger.

Voici trente ans déjà, sans aller jusqu'à nous couvrir de chaînes, quelques toreros français du canal historiques firent de même, en lâchant sur le cortége de Pierre Mauroy, tout nouveau premier ministre de François Mitterrand, un becerro emboulé que le plus jeune toréa pour la plus grande joie de la haute autorité qui pensait être accueilli à Nîmes par une manifestation folklorique.

Il s'agissait en fait de revendiquer un statut social décent pour la profession, ce qui fut le cas les années suivantes, non sans payer au prix fort cet engagement.


Pour les toreros équatoriens, il s'agit aujourd'hui d'interpeller leur président en lui faisant prendre conscience du tort qu'il pourrait causer aux plus modestes représentants de cette profession, s'ils s'obstine dans son projet de référendum abolitionniste.

En 1982, les aficionados français restèrent muets, quand ce n'était pas réfractaires, face au combat des toreros nationaux qui durent, contre vents et marées, se défendre seuls. En Équateur, les aficionados sont bien sûr mobilisés, mais sans doute pas de manière suffisante pour inverser la tendance. Peut-être prendront-ils conscience du danger quand le référendum aura été voté.

André Viard