LIGNE DE PARTAGE



De Séville à Madrid il y a heureusement plus de 600 kilomètres. En fait, plus que jamais, le vieux dicton qui prend Despeñaperros pour ligne de partage, est d'actualité.

Et le contraste est brutal, en passant de l'indulto festif sévillan à la rigueur madrilène, surtout pour les toreros qui en subissent le poids. Bien présentée, la corrida de Carriquiri valut surtout par un dernier manso encasté face auquel dessiner les passes comme devant Arrojado était impossible : pour seulement bien figurer, c'est à dire rester digne, il fallait une volonté de fer et une ambition sans faille.

Ivan Fandiño fit preuve des deux, sans jamais renoncer à tenter, quand
la mitraille le permettait, de placer quelques beaux gestes qui eurent bien plus de mérite que les faenas primées de quatre oreilles pour Manzanares.

Il ne s'agit pas bien sûr de déshabiller l'un pour habiller l'autre, mais cette comparaison a pour objet de montrer qu'il existe un monde entre des faenas dont le mérite fut inversement primé : Manzanares, depuis Séville, est devenu pour l'aficion aimable "LE" torero de l'année, au point de gommer les cinq oreilles coupées par le Juli à Séville aussi.

Fandiño, malgré son oreille de poids à Madrid, demeure un parfait inconnu pour cette même aficion, qui chaque jour davantage étouffe l'autre, celle des coupeurs de poils en quatre - dont je fais partie aussi -, au point de la marginaliser et de bientôt provoquer sa disparition, quand la temporada ne sera plus basée que sur des courses préparées à l'avance avec un soin du détail luxueux.

André Viard