LE SYNDROME RINCÓN

Depuis le début de la feria, Curro Díaz jouissait d'un cartel à la hausse et certains le comparaient même déjà à Morante... rien que çà !

Le but de ce propos n'est cependant pas de comparer le toreo périphérique et superficiel de Curro Díaz avec celui abouti de Morante, mais de mettre en évidence une réalité assez triste : cette feria, où des remplacements luxueux abondent, ne va, sauf surprise de dernière heure, révéler aucun talent nouveau.

Au contraire, dans le cas de Curro Díaz par exemple, elle va confirmer une réalité que tous les discours démagogiques ne pourront masquer : ceux qui sont figuras le sont parce qu'ils le méritent, et ceux qui ne le sont pas... aussi.

En fait, ce qui aurait pu constituer un tremplin extraordinaire pour un torero ambitieux, va se révéler être une feria conformiste dans laquelle on aura partagé les postes à prendre entre ceux qui étaient déjà les mieux nantis.

Voici presque vingt ans déjà, grâce à ce jeu des remplacements de dernière heure, un torero presque inconnu avait su forcer sa chance, en remettant sa mise trois fois sur le tapis, s'élevant le temps d'une feria au rang des figuras de l'époque. Nul n'a oublié ce San Isidro magique de César Rincón, mais nul n'a semblé cette année soucieux de suivre ses pas, ce qui donne une bien triste image de l'escalafón.

Les deux places de Manzanares et les deux de José Tomás étaient à prendre : on attendait les jeunes, Luque, Pinar, Tendero... Aucun n'a su convaincre. Et les postes reviendront au Cid, à Castella, au Juli et à Morante. Ceux qui y étaient déjà.


André Viard