LA BOÎTE DE PANDORE

Les corridas lidiées ces deux derniers jours à Madrid viennent de renvoyer les veedores des figuras à leurs études : triés sur le volet les six toros de Garcigrande ont constitué un lot infâme tandis que les quatre toros de Los Bayones approuvés du bout des lèvres par les vétérinaires ont offert en vain à trois modestes l'occasion de s'extraire des profondeurs de l'escalafón.

Pour les figuras le pétard ganadero de vendredi qui explique leur passage en blanc à Madrid n'est pas très grave : d'autres contrats les attendent un peu partout et à Madrid aussi. Mais pour les trois malheureux toreros d'hier, cette occasin perdue de démontrer qu'ils méritent mieux ne reviendra plus. Un peu comme les étudiants qui ratent leur diplôme de fin d'étude, il leur incombe aujourd'hui de revoir à la baisse leur profil de carrière.

Au-delà de ces considérations particulières, l'enseignement qu'il faut tirer de ces deux journées est que les certitudes ne sont plus de mise en matière ganadera : l'encaste Atanasio que l'on disait disparu dans quelques médias voici quelques semaines a triomphé en grand hier, quant à l'une des ganaderias préférées des figuras, elle a produit six moruchos de compétition.

Produire vingt ou trente corridas par an rend difficile, sinon impossible, tout pronostic précis sur chacun d'entre eux, mais le conformisme du quarteron de "génies" du mundillo qui monopolisent entre leurs mains les principales arènes et les principaux toreros, explique que malgré les échecs répétés ce soient toujours les mêmes ganaderias qui sont annoncées.

Contrôlant tous les maillons de la chaîne de production du spectacle - car ils sont aussi ganaderos et imposent leurs toros ou ceux de leurs confrères qu'ils achètent puis imposent pour faire de belles plus-values - peu leur importe au bout du compte la qualité intrinsèque du spectacle : l'important est qu'au bout de la saison les comptes soient satisfaisants, que leurs toreros aient maintenu leur cartel, et que la vie continue.

Mais à force d'enfler considérablement les camadas de leur fournisseurs privilégiés au lieu de sortir des sentiers battus en favorisant, par exemple, le maintien des encastes marginalisés, même de manière symbolique, ils ont ouvert une boîte de Pandore qu'il sera de plus en plus difficile de contrôler.


André Viard