PÉTARD TAQUILLERO

La maigre chambrée enregistrée pour l'encerrona de Sébastien Castella (un tiers d'arène soit environ 4000 spectateurs) est un fait préoccupant qui doit interpeler tout le monde, et le torero en premier.

Était-il raisonnable, une semaine avant la feria, de proposer cette course supplémentaire qui constituait pour les aficionados une double peine dans la mesure où, pour y assister, il fallait aussi acheter l'entrée de la novillada, dans un contexte économique morose qui incite peu à la dépense ?

Était-il raisonnable de croire que l'aspect généreux du geste du torero suffirait à convaincre les hésitants, sachant que ceux qui étaient sensibilisés par le malheur qui a frappé les haïtiens n'ont pas attendu le mois de mai pour envoyer leurs dons ?

Était-il nécessaire, pour Sébastien Catella, de prendre le risque de ne pas atteindre l'objectif qu'il s'était fixé - un million d'euros pour Haïti - sachant qu'en ne remplissant pas c'est sa valeur marchande qu'il remettrait en question ?

Nul doute que sa décision fut prise en connaissance de cause et que le coeur l'a emporté sur la raison. Mais le résultat est là : à peine plus de 4000 aficionados ont répondu à son invitation, et il faut mettre à son crédit le fait de n'avoir pas profité de l'averse tombée en début d'après-midi pour forcer l'annulation.

En tout état de cause, ainsi qu'il a été écrt ici à diverses reprises, cet incident de parcours doit amener les figuras à réfléchir sur leur pouvoir réel de convocation, ce qui les incitera peut-être, s'ils veulent remplir les arènes et justifier ainsi leurs honoraires, à ne pas se disperser dans des courses trop nombreuses, organisées parfois dans des arènes de moindre importance ou à des dates, comme hier, notoirement difficiles.

Il en va de l'équilibre bien compris du marché, et de leur propre intérêt.


André Viard