ATERMOIEMENTS

Alors que le procesus de l'ILP catalane arrive dans sa dernière ligne droite au bout de laquelle il faudra voter, et donc se compter, diverses manoeuvres dilatoires ont vu le jour qui toutes ont pour objet d'éviter à leurs auteurs de prendre leurs responsabilités.

C'est le quotidien ABC qui a soulevé le lièvre, en dévoilant qu'à l'occasion de cette phase ultime durant laquelle les groupes politiques peuvent déposer des amendements au texte qui sera mis au vote, CiU ne serait pas défavorable à l'idée de mettre en place un moratoire de deux ans avant de prendre une décision.

CiU souhaiterait introduire dans son amendement que le Statut autonomique (qui n'est toujours pas approuvé par le Tribunal Constitutionnel) donne compétence à la Generalitat le pouvoir de réguler ces spectacles ("réguler", pas interdire), ce qui selon les indépendantistes de droite permettrait d'atténuer la charge idéologique contenue dans le texte de l'ILP présenté par PROU, et excluerait par avance d'accepter que le moratoire qui en résulterait - dans tous les cas technique et non politique - s'étale sur une période de quinze ans comme certains, au sein du groupe socialiste, l'auraient proposé.

Ceux-ci, souhaiteraient avant tout que l'abolition ne soit pas votée, et auraient donc l'intention de pousser le bouchon au-delà de ce que CiU et surtout PROU veulent accepter, sachant que PROU, qui sent que le vote lui échappe, serait prêt, plutôt que de risquer un rejet immédiat, à accepter de le différer de deux ans "pour négocier avec ceux qui perdraient leur activité du fait de l'abolition les conditions de leur indemnisation".

Personne n'est dupe de la situation, et surtout pas des tergiversations de CiU qui rechigne à prendre ses responsabilités et chercherait par ce moyen à différer un vote pour lequel elle a laissé toute liberté à ses députés. La raison de ces tergiversations est que les sondages donnent CiU vainqueur des élections autonomiques en octobre et que le parti de Mas ne veut pas prendre le risque de mécontenter un bord ou l'autre...

Le courage politique est une vertu de plus en plus rare, mais le courage citoyen n'est guère plus répandu puisque les promoteurs de l'ILP sont prêts à s'accrocher à cette porte de sortie de peur d'être défaits. Mais pas à n'importe quel prix, et il n'est pas impossible qu'en désespoir de cause ils retirent purement et simplement leur ILP avant le vote si les amendements déposés ne leur conviennent pas.

Autrement dit, en pareil cas, il n'y aurait plus de vote mais ils garderaient la possibilité de repartir à l'attaque un jour avec une nouvelle ILP.


André Viard