FERIA DE NIMES

Chronique de Frédéric Pascal

DEUX FOIS UNE OREILLE POUR DANIEL LUQUE


Toros de Borja Domecq, annoncés Jandilla pour quatre d’entre eux et Vega Hermosa pour les autres. Epargnés au cheval pour ne pas compromettre leur mobilité, ils s’avérèrent incommodes à divers titres. Les premier, troisième et quatrième ne durèrent pas ; les second, cinquième et sixième protestèrent de la tête avec plus ou moins d’intensité. De part sa mobilité le second permit le plus au torero. El Juli : salut aux deux. Juan Bautista : salut aux deux. Daniel Luque : oreille et oreille.
Le premier (Vega) se mit en roue libre dès le troisième capotazo. Il prit le peto deux fois de biais avec la corne gauche basse. Une fois dans la muleta, il ne releva plus la tête entre les passes, mais sa charge manqua de vibration. Au fil des séries il se réserva de plus en plus. Juli l’aborda sur sa meilleure corne, la gauche, dans l’espoir de le voir rompre par devant. Il obtint une domination absolue mais pas l’élan escompté. En conséquence il s’adapta au matériel qui lui était fourni en optant pour les cites rapprochés et se fit virtuose de la demi passe. Toujours maître de l’espace et du tempo, il improvisa avec bonheur pour profiter du moindre souffle de son adversaire. Effort mal payé d’un salut après un entière et un descabello. Le quatrième se livra avec force et tempérament mais tête haute dans le peto. Défaut qui disparut à la muleta où il découvrit la nuque. Il donna du jeu sur une demi -douzaine de séries puis il s’arrêta. Nouvelle grande démonstration d’autorité du Juli qui culmina lors de naturelles techniquement sublimes, main en avant et maintenue basse sur toute la trajectoire jusqu’à laisser la tête de l’adversaire à plus d’un mètre du point de juridiction. A droite il dut abréger et verser dans les cites de très près pour finir la faena. Contrairement à son habitude il tua sans réussite. Salut.
Le second vint au cheval allègrement, on le laissa juste le temps qu’il engage les reins. Très peu châtié, il garda une remarquable mobilité et ne s’en départit pas jusqu’à la fin. Il vint au galop sur les rodillazos de réception, tant à la cape qu’à la muleta, mais avec un vilain crochet de la corne en fin de passe. Tout le mérite de Juan Bautista fut de composer avec ce défaut. Usant pertinemment du placement et habilement des terminaisons par le bas, il instrumenta une faena pleine et rythmée. Après une tentative de recibir, il pincha un volapie et n’enfonça une entière qu’au second voyage ; ce qui lui fit perdre les trophées potentiels. Le cinquième (Vega) manqua d’agressivité au cheval, dont il fouilla mollement le peto d’une corne et l’autre. Il livra des charges aux caractéristiques changeantes, avec une propension à se retenir en fin de passe. A droite, il crocheta beaucoup et finit court et sautilleur. A gauche, il se laissa mieux guider, tout en restant prêt à protester. Juan Bautista construit sa domination avec la main droite. Puis il obtint que le toro se livre un peu plus à gauche où il réussit ses meilleures séries. Salut après un pinchazo sans lâcher et une entière.
Autant qu’on le lui permit le troisième poussa, reins mis et tête basse. Il attaqua dans les mêmes bonnes dispositions à la muleta mais s’éteignit après trois séries. Après un début prometteur, au vu de la charge fléchissante, Luque dut arrondir le geste pour creuser dans les derniers retranchements de son adversaire. Après quoi, il opta pour une démonstration d’aguante et de maîtrise au fil de la corne, qui comprit les changements de mains enchainés sans rectifier la position, qui firent son succès madrilène. Une oreille après un entière engagée. Le dernier engagea les reins sous le fer sans qu’on puisse juger s’il avait de la constance puisqu’il ne fut pratiquement pas châtié. Il n’en manifesta pas à pied ou il fut porté sur le hachazo à droite et fourbe et miron à gauche. Statique et dominateur Luque réduisit ces défauts en baissant la main au maximum et en liant de telle sorte que le Jandilla ne relève pas le tête. Mais le genio foncier de ce dernier mit cette stratégie en échec et il dut arracher les passes unes à une dans le dernier tiers du combat. Une belle estocade entière emporta la pétition et l’oreille. Arènes pleine.






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