FERIA DE NIMES

Chronique de Frédéric Pascal

SEPT OREILLES, UNE QUEUE, UN INDULTO ET UNE VUELTA POSTHUME


Quatre des six toros de Garcigrande choisis pour José Tomas sont sortis excellents, avec force et transmission, mais il n’en a touché aucun. Le premier à été gaspillé par Conde qui s’est rattrapé en faisant gracier le second, et le troisième est allé à Mathias Tejela, qui lui a coupé les oreilles avant qu’il ne soit honoré de la vuelta posthume. José Tomas a tout de même triomphé en grand en coupant trois oreilles au total. Les deux oreilles de son premier mansote et sans transmission ainsi que celle de se second manso, brutal, retors et gazapon. Le dernier a été ordinaire.
Le premier poussa avec force et tempérament au point d’obtenir une chute. Il fut moins constant sous la seconde. Avec vibration et « mucho arte » ce toro livra un grand combat, à la loyale. Il se retrouva face à un Conde en très petite forme, très intimidé par l’agressivité de son adversaire. Pinchazo. Entière. Division. Tête basse, reins mis et perpendiculairement au peto, le quatrième accula le cheval dans les planches. A pied il vint au grand galop et tête humblement baissée. Conde , parfaitement retrouvé, lui fit un accueil époustouflant d’audace, serré au millimètre. Confiance revenue, il alterna cites lointains et séries courtes, liant impeccablement les suertes. Il se jeta dans les bras de ses muses les plus baroques pour une bachanale enlevée qui déboucha sur l’indulto du Garcigrande. La fin ne fut pas le plus mauvais car, pieds joints et à recibir, il signa le simulacre le plus gracioso de l’histoire du toreo. Deux oreilles et la queue symbolique.
José Tomas s’est envoyé les deux carnes de l’après midi. Son premier fut un vrai piège, un exemplaire sans transmission, qui ne voulait pas combattre. Il fallu deviner les trajectoires que traçait ce manso afin d’apporter sur son passage l’émotion nécessaire au succès. La faena fut toute de séduction vers le toro qui finit par rompre et donner matière à de longues naturelles. L’entrega et l’absence de violence dans l’attitude de José Tomas, sa façon de défier la mort sans la gestuelle convenue qui accompagne généralement cet exercice, porte toujours aussi fort sur le public, qui se retrouva à applaudir debout les manoletinas de conclusion. Il tua d’un recibir inattendu et efficace. Deux oreilles. Le cinquième montra plus de nerf que de bravoure au cheval. Il confirma sa condition de manso à la muleta en manquant de fixité, grattant beaucoup, sortant distrait du passe et marchant sans cesse à petits pas. Jose Tomas opposa la pertinence de son placement et la douceur de ses gestes aux incertitudes de son adversaire. A base de courage et de sincérité il composa une faena dense émaillée de recortes et d’enchainements inspirés. Entière. Pétition. Oreille.
Tête basse et en propulsion sur les quatre sabots, le troisième poussa le cheval sur dix mêtres. Il persista dans ces bonnes dispositions à pied ou il révéla un insatiable appétit de muleta. Globalement Tejela se hissa à sa hauteur, à la notable réserve qu’il ne se départit que rarement d’une marge de sécurité exorbitante au regard des qualités du Garcigrande. Entière. Deux oreilles. Vuelta posthume à la dépouille. Le dernier poussa par à coups sur vingt mètres mais dans une attitude dénuée de classe. A pied il s’avéra distrait et vulgaire. Il chargea en sautillant et en jetant les cornes vers le ciel. Tejela intégra tous ces paramètre, évita les hachazos et montra de la bonne volonté. Entière. Salut.
No hay billetes affiché en taquilla. Tejela refoulé à la porte des consuls.






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