LE BOUM DU MOUN


Qui avait dit que la concurrence ne servait à rien ? Pas les organisateurs de la feria montoise en tous cas, lesquels ont communiqué avec satisfaction la hausse des abonnements et des ventes constatée à la taquilla.

De tous les chiffres communiqués et qui tous indiquent une hausse générale, celui qui devrait interpeller est le résultat modeste, pour l'instant, du cartel du dimanche, en retard sur tous les autres malgré une date favorable. Seul rescapé de l'époque torista de la Madeleine, ce cartel qui propose en tête d'affiche une corrida imposante de Fuente Ymbro montre à quel point le fossé se creuse entre les voeux d'une minorité et ceux du public en général.

Un public qui, et plus encore sans doute en temps de crise, va aux arènes pour se divertir, pour voir les vedettes et pour vibrer à leurs faenas. Le phénomène n'est pas nouveau et il suffit de vérifier qu'à Nîmes la miurada, avec Juan Bautista, a fait deux fois plus de monde que les victorinos l'an passé le même jour, ou que hier, face à une corrida modeste de présentation de Zalduendo, les figuras ont coupé toutes les oreilles à la satisfaction générale, pour comprendre que ce sont les toreros qui remplissent l'arène et non plus les toros.

Il y a bien sûr de glorieuses exceptions, Vic et Céret en tête, et on attend avec impatience les résultats commerciaux de ces deux ferias pour savoir si le relatif tassement que l'on avait déploré ces dernières temporadas n'était qu'un épiphénomène passager ou s'il dénote une tendance lourde qu'il faut à tout prix enrayer.

Car si l'on ne peut exiger des organisateurs des ferias qu'ils infléchissent leur programmation pour satisfaire une minorité au risque de mettre en péril leur équilibre financier comme on l'a vu l'an passé à Bayonne, il faut à tout prix préserver les réduits toristas et expliquer au grand public qu'il existe une autre tauromachie que celle qu'il affectionne et que c'est dans ces lieux qu'on la célèbre le mieux. Des réserves en quelque sorte, non pas de la bravoure car celle-ci se trouve partout, mais d'un certain esprit qui peut paraître archaïque aux yeux de la frange la plus progressiste de l'aficion, et qui l'est parfois dans ses réactions extrêmes, comme on a pu le vérifier au sujet de la corrida de Palha lidiée à Madrid.

Ces réactions, et cet archaïsme, font partie intégrante de la Fiesta, et quand bien même l'évolution des mentalités les ferait apparaître obsolètes voire déplacés, il serait dangereux de les voir disparaître dans la mesure où ils sont la résurgence palpable de ce que fut la tauromachie à ses débuts : un spectacle violent, sanglant et dénué de grâce qu'il n'est plus heureusement, mais qui ressurgit parfois, occasionnant des tensions entre les aficionados, lesquelles n'auraient plus lieu d'être si chacun, d'un bord ou de l'autre, faisait preuve d'un minimum de respect.


André Viard