TENDANCES LOURDES


La feria de Séville se termine sur un bilan plus que décevant concernant les ganaderias et la confirmation tout à la fois des valeurs sûres et de quelques tendances lourdes.

La déception ganadera se résume en fait à un encaste, celui de Domecq, dont 80% de celles retenues pour cette feria étaient issues. Tel un naufrage collectif, les contre performance de Zalduendo, Jandilla, Juan Pedro, Torrealta, Fuente Ymbro ou Ventorillo et Daniel Ruiz à un degré moindre, voire Palha (mais oui, par Baltasar Iban et Torrealta)... semblent indiquer que nous sommes entrés dans un nouveau cycle dont on espère que Madrid viendra inverser la tendance. L'espoir demeure en fait, entretenu par les toros du Pilar, issus eux aussi de cette mouvance.

Pourquoi parler de cycle ? Parce qu'à diverses époques de l'histoire ganadera on a constaté ces phénomènes de baisse générale de caste à l'intérieur de certaines lignées dont certaines ont refait surface par la suite tandis que d'autres disparaissaient. Comme l'encaste santa coloma qui s'engagea dans une spirale terrible au milieu des années quatre vingt par exemple, ou, bien avant, le tronc fondamental du Conde de la Corte qui avait fait de même alors qu'émergeaient deux de ses "filiales" qui allaient envahir le marché : Atanasio Fernandez et Juan Pedro.

La référence au Conde de la Corte n'est pas innocente, car pour Juan Pedro Domecq le cas est similaire. En fait, à l'heure actuelle, une dizaine de ganaderias issues de la sienne sortent mieux que lui, ce qui est inquiétant pour tout le monde dans la mesure où souvent les "baches" de la maison mère sont annonciateurs de crises pour tous les "sous-produits".

On suivra donc avec intérêt à Madrid les performances de deux des ganaderias bases de l'abono : Victoriano del Rio et Nuñez del Cuvillo, lesquelles semblent pour l'instant s'en tirer un peu mieux, même si pour la seconde le passage par Madrid pour l'encerrona de Talavante n'a pas été brillant.

Pour les valeurs sûres, Morante et le Juli arrivent largement en tête, même si Manzanares a mieux scoré. Mais il ne faut pas s'y tromper, il y a entre les deux premier et le troisième un abîme qui n'est pas prés de se combler. De même d'ailleurs qu'avec Talavante, un des autres triomphateurs numériques du cycle, dont l'irrégularité ne sera pas effacée, au yeux des empresas, par le succès sévillan.

Au niveau des tendances lourdes, c'est sans doute dans la "performance" du Cordobes qu'on les voit le mieux. Manolo est royalement passé à côté d'un lot de Porte du Prince mais le public de Séville l'a tout de même fêté. Les critères d'exigences auraient-ils donc changé dans la Maestranza ? C'est ce que l'on peut penser si l'on se réfère par exemple aux prestations du chef de la banda de musique à qui il faut enlever au plus vite son permis de décider quand il doit jouer.


Et le constat est alarmant : si Séville n'est plus capable de faire la différence entre le bon toreo et le tout-venant, quelle autre arène sera-t-elle capable de le faire et de servir de référent ?

André Viard

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