ANALYSE ET RESSENTI



Il est souvent difficile de faire la part des choses entre celles que l'on voit et ce que l'on ressent. Ce qui explique la grande disparité de jugements à l'heure de valoriser une faena... sans parler bien sûr des conflits d'intérêts qui ne sont pas toujours innocents.

La corrida d'hier à Las Ventas en sera sans doute un très bon exemple, dans la mesure où l'on parlera surtout - et c'est légitime - de la despedida de Pepin Liria qui, d'un strict point de vue taurin, n'aura laissé hier aucun souvenir impérissable, ce dont nul ne saurait le blâmer. Pour l'occasion, les sentiments que le public de Las Ventas éprouvait pour lui ont largement pris le dessus.

Mais faut-il pour autant ne pas mettre en valeur comme il convient le bon toreo offert par le modeste Serranito ? On ne prête qu'aux riches, ou aux célèbres, et si Pepin Liria avait donné la faena que Serranito offrit au troisième, celle-ci aurait été autrement valorisée. Car sans faire injure à ses deux aînés, Serranito est le seul à avoir toréé en ayant en permanence les deux pieds en même temps par terre... Un détail qui peut paraître curieux, mais qui dénote tout de même le "reposo" avec lequel un torero met son toreo en place. Tout le contraire des habiletés déployées par Espla tout au long de la tarde, face à deux toros qui ne se prêtaient certes guère au jeu.

Cela ne change rien de le dire, mais lorsque l'on analyse cela vaut mieux.


André Viard