CANTO PAS PER YEOU



Pouvait-on rêver meilleur augure pour cette renaissance de l'esprit vicois, que le plus identitaire de tous les chants occitans qui s'éleva avant le paseo, quand le public debout salua d'une longue ovation la banderole géante des cultures taurines que portaient fièrement quelques mineurs de 15 ans ?

Car l'on sentit fort bien, à travers le long frisson qui parcourut la foule, que sa détermination est totale et que rien ne saurait l'entraver. Et pour faire bonne mesure, les six toros d'Escolar Gil enfoncèrent le clou : braves, encastés, guère faciles et parfois même très compliqués, tous possédaient comme dénominateur commun cette faculté à humilier décelée la veille chez leur cousin Victorino. Mais pour en tirer parti, encore fallait-il appliquer les bonnes recettes...

Fundi, bien sûr, les connaît par coeur : muleta avancée, appel d'un simple balancement de l'étoffe et trajectoire donnée en ligne droite et par le bas. Sans brusquerie, sans précipitation, Fundi put ainsi tirer tout le parti possible de ses deux adversaires. Mais il pincha.

Sergio Aguilar mit un toro à trouver le bon tempo. Son courage est exemplaire, mais face à son bon premier il eut le tort de trop toquer. Et au contraire de tous les autres encastes pour lesquels le toque enclanche la première, les albaserradas y répondent par un coup de frein. Sans cèder un pouce de terrain, Aguilar fut donc à la peine. Mais face au cinquième, un dur à cuire qui ne s'en laissait pas compter, il démontra sa faculté d'adaptation et séduisit le public par son culot et son aguante. Une révélation pour ceux qui ne le connaissaient pas.

Fernando Cruz se mit au diapason et donna sans doute les muletazos les mieux posés de la tarde face au bon troisième mais il ne tua pas. Et paradoxalement, ce lot d'Escolar Gil qui a réconcilié l'aficion torista avec la plaza vicoise partit au desolladero avec toutes ses oreilles... Sauf une. Celle que Sergio Aguilar empocha du cinquième et dont on entendra probablement parler.



André Viard