FEUX CROISES



Alors que finalement pas grand monde ne commente la grave blessure reçue par José Tomas à Jérez, celle que vient de subir Matias Tejela à Nîmes survient fort à propos pour rappeler à ceux qui l'ignorent que les toros dits "commerciaux" blessent et tuent aussi.

Et à plus forte raison les autres, ceux que l'on dit "toros-toros" et dont le mental n'est pas toujours à la hauteur du physique. Comme hier à Vic le matin où ont défilé six gros lourdauds d'ascendance lesaqueña
occasionnant un ennui majeur dénué de toute émotion : ni aux piques, ni dans la muleta. Aucune facilité, peu de qualités offensives à part le second, mais des tonnes de complications et deux volteretas à la clé. Cinq courses à la suite comme celle-là, et on ferme les arènes faute de public pour y assister.

Heureusement, l'après-midi, les toros de Robert Margé ont redoré le blason de l'arène torista par excellence en apportant en piste ce piquant et cette pointe d'incertitude qui offre - ou impose - l'occasion aux toreros, de donner le meilleur d'eux-mêmes s'ils veulent s'imposer. Ce que chacun fit à sa manière, Fundi avec maestria et aisance, Rafaelillo la tête dans le guidon et Lescarret avec un grand coup d'épée au dernier qui fit oublier une prestation en demie teinte et lui permit de couper une oreille fort méritée.

Car aux sources de la tauromachie, l'estocade n'est plus une formalité mais une délivrance quand au terme du combat la seule issue qui s'offre au torero est celle-là. C'est peut-être finalement la grande différence avec les corridas de gala.



André Viard