N'AYONS PAS PEUR DES MAUX



Tant que des milliers d'aficionados seront capables de supporter stoïquement le déluge par solidarité avec des toreros qui jouent leur vie dans la boue, les inévitables dérives du mundillo ne pourront rien contre la tauromachie.

Et tant qu'il se trouvera des jeunes d'aujourd'hui pour s'habiller de manière anachronique et aller au toro comme Adame, Santo et Marco Leal l'ont fait hier, avec courage, panache, abnégation et un mépris total du danger qui était partout, notre belle jeunesse de France que certains disent endormie trouvera des repères fiables pour avancer dans la vie.

Ne serait-ce que pour cette raison essentielle, la tauromachie authentique à la vicoise mérite d'être préservée, même si certains abusent peut-être du concept porteur et de la bonhomie des gerseois... Un toro de Valverde abîmé du train arrière et embarqué quand même, une corrida trop vieille de Charro de Llen alors que ses champs son pleins de magnifiques toros dans la force de l'âge... pourquoi ?

Broutilles diront les gerseois avec panache... oui mais quand même. Retenons donc les bons moments : une corrida de Margé intéressante de bout en bout, deux toros au moins de Barcial dans la maille, un Juan Luis Fraile, un Justo Nieto, trois grands novillos d'Adelaida Rodriguez et deux Charro de Llen peut-être... encore que pour le savoir il fallait d'abord montrer ses papiers et rester très quieto, une denrée qui se perd dans un monde où l'effort est malheureusement bien mal récompensé.

Un oeil sur les monstres qui dodelinaient de leur énorme frontal avant d'entrer dans leur muleta et la tête à Nîmes où les matinales ont atteint des records dans la (sous) présentation des toros triés sur le volet, les guerriers invités à animer la feria vicoise ont dans l'ensemble et à quelques exceptions prés, semblé bien fatigués. À moins que le syndrome de la semaine torista madrilène qui les attend n'ait pesé très lourd sur leurs têtes... on ne sait.

Toujours est-il qu'après une année 2006 décevante, Vic a su revenir aux sources : des corridas charpentées, en pointes, parfois braves et jamais complices. Un seul regret : le manque général de puissance des lots présentés (peut-être l'excès d'herbe dans un campo très arrosé), et le très bas niveau moyen des picadors engagés. Mais c'est dit : n'ayons pas peur des maux, disais-je : tant qu'il existera des recoins où l'authenticité est préservée, la tauromachie dépassera tous ses dangers.


André Viard