FERIA DE VIC

TRISTE CLÔTURE

La feria vicoise se termine à l’image du temps, d’une infinie tristesse. Les toros de Charro De Llen ont contribué à la débâcle de cette tarde. Agés de plus de cinq ans, et presque six pour deux d’entre eux, ces animaux d’un autre monde, plus proche, en présentation, du mammouth que du toro de combat ont développé du genio, un fond de bravoure au cheval pour la plupart d’entre eux mais sans caste ni race. Toujours sur la défensive seuls le quatrième et le sixième avaient quelques passes, les autres décochaient des coups de tête, avaient des charges courtes et ce fameux genio, dû principalement à leur âge, qui pose tant de problèmes à tous les toreros. Juan José Padilla qui remplaçait Antonio Ferrera blessé, sifflets et sifflets, Domingo Lopez Chaves, silence et sifflets, Mehdi Savalli, sifflets et trois avis et sifflets avec toro rentré vivant aux corrales.

Padilla ne va trop forcer son talent face à son lourd premier. Piqué excessivement par trois fois, le toro sortira affaibli et éteint de cette épreuve. A la muleta Padilla se fait serrer dangereusement et ne prend pas la peine de tenter quoi que ce soit. Trois pinchazos dans l’épaule, une entière dans le cou, un descabello, sifflets. Face à son second, Padilla tente quelques capotazos mais sans se dépasser. Le toro prend deux grosses piques. Padilla refuse de banderiller et laisse ses peones poser les palos un à un, narguant ainsi le public vicois. A la muleta le toro possède un fond de noblesse à droite à peine exploité par un Padilla en petite forme. Deux séries correctes à droite, quelques naturelles à gauche, pour un torero de sa trempe, le public, et le toro, méritaient mieux qu’un semblant de faena de la part du jerezano. Un pinchazo, une entière contraire, trois descabellos, un avis, sifflets.

Domingo Lopez Chaves réceptionne son premier par une larga de rodillas mais le toro lui fait vite comprendre qu’on ne peut le leurrer qu’une fois. Il prend trois piques dont une en brave en mettant les reins. Chaves lui sert quelques bons muletazos donnés un à un. Mais le vent pourrit l’ouvrage et le salmantino fracasse à l’épée : deux pinchazos, une demie contraire et tendida, un avis, quatre descabellos silence. Son second impossible au capote. Il prendra deux longues piques en poussant avec bravoure, permettant ainsi au cavalier Francisco Javier Gonzalez Salvador d’écouter une belle ovation. A la muleta le toro garde la tête haute, ne charge pas et quand il le fait décoche des coups de têtes intempestifs et dangereux. Un pinchazo, une demie tendida, trois descabellos, sifflets.

Mehdi Savalli tombe sur le plus mauvais du lot de Charro de Llen. Ce toro renverse la cavalerie et prend deux piques. Il est court de charge à la muleta et n’a pratiquement aucune passe dans le ventre. Savalli s’accroche puis capitule et termine par un pinchazo et un vilain bajonazo. Sifflets. Son second sort abanto et n’accepte que cinq véroniques. Il prend trois piques, pousse fort mais sort seul du peto. Savalli pose deux bonnes paires et un superbe violin. A la muleta le toro a une bonne corne droite et l’arlésien enchaîne trois bonnes séries avec courage. C’est par manque de métier qu’il n’arrivera pas à tirer parti de ce petit capital de passes pour parachever une faena qui aurait pu le porter à un résultat probant. Au contraire, la mise à mort va l’engloutir dans la spirale du pire : une demie devant et tendida, dix sept descabellos et trois avis qui sonnent comme un glas pour le jeune français, le toro rentre vif aux corrales et la bronca gronde. Toujours la pluie, le froid, des conditions de corrida digne d’un mois de décembre. Arène pleine et consternation de la plupart du public. 12°, retour des moufles et des parkas.Jean-Paul Campistron


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