L'AUTRE DOUBLE


Alors que la journée historique pour la tauromachie française dont juan Bautista et Sébastien Castella furent les héros à Madrid est encore dans toutes les mémoires et y sera longtemps, un autre doublé non moins historique a eu lieu hier : pour la première fois de l'histoire de la tauromachie française qui décidément cette année collectionne les premières, deux ganaderos français étaient chargés d'animer deux grandes ferias.

Nous ne ferons pas l'injure à Hubert Yonnet de rappeler ici les détails de sa longue trajectoire : chacun les connaît. Mais nous ne résistons pas au plaisir, l'année où il a accepté le défi de lidier trois corridas dans trois arènes françaises dont deux de premier plan, de revenir sur le lot présenté hier à Vic par Robert Margé.

Un lot somptueux de présentation (dans l'opus 12 de Terres Taurines nous avions pu en rendre compte), et dont le moral, avec les réserves qui s'imposent, ne peut qu'inciter le ganadero à poursuivre dans la voie qu'il a choisi, celle d'un savant dosage entre divers sangs de même origine (Cebada Gago, Nuñez del Cuvillo et Santiago Domecq) en essayant d'allier tout à la fois bravoure foncière et toréabilité.

Qu'a-t-il manqué à cette corrida pour être un de ces grands lots dont le panthéon vicois est riche ? Un peu de punch face à la cavalerie. Pour le reste, avec plus ou moins de bravoure et plus ou moins de noblesse, les six toros de Robert Margé ont offert des peleas dignes d'intérêt avec deux mi-temps bien distinctes : trois toros exigeants au piquant affirmé et trois toros plus plus nobles.

Il est toujours délicat de juger de la qualité d'un lot de toros au travers du résultat artistique obtenu par les toreros. Disons simplement qu'avec un peu plus de réussite, ou de volonté à divers moments, nous parlerions peut-être aujourd'hui d'une corrida triomphale. Il n'y a certes pas eu hier à Vic ce grand toro complet dont tous les ganaderos rêvent, mais il y a eu par rapport au lot lidié l'an passé à Mont de Marsan davantage de possibilités offertes, davantage d'homogénéité, davantage aussi de qualités foncières. Autrement dit, à l'exception de ce surplus de tonus qu'il devra rechercher, Robert Margé peut être fier de sa première corrida vicoise. Première, car bien sûr il y en aura d'autres, car le grand toro dont chacun rêve est sûrement déjà né.


André Viard