FERIA DE VIC

OREILLE POUR FERNANDO CRUZ

Superbement présentés dans leur ensemble, les toros de Robert Margé se sont montrés encastés, dotés d’un fond de noblesse, les second, troisième et cinquième. Les deux premiers ont présenté quelques difficultés en raison de leur piquant, lesquelles furent bien surmontées par les toreros. Tous les toros avaient des pelages différents allant du sardo au castaño oscuro, en passant par de l’ensabando, du castaño et du negro tostado. Le quatrième fut brave à la pique et le dernier était faible mais très bon. Luis Miguel Encabo, silence et silence, Fernando Cruz, salut au tiers et oreille, Ivan Fandiño, sifflets et silence.

Encabo regarde son premier refuser un quelconque intérêt à son capote. A la pique le toro s’excite dès la morsure du fer puis fuit la monture dès son contact. Les peones l’y ramèneront trois fois sans que le toro dévoile une quelconque qualité. A la muleta, le toro démontre une belle mobilité non dénueé de piquanr. Le madrilène se croise et réalise plusieurs séries de derechazos propres, bien rematés par des doubles pechos justement exécutés. A gauche, le toro colle et Encabo n’insiste pas. La faena est courte et la mort laborieuse : deux pinchazos, trois quarts de lame basse, un descabello, silence. Face à son second, qui possédait une corne gauche terrifiante et le comportement caractéristique des toros d'âge (cinq ans révolus), Encabo ne peut rien faire cape en mains, le toro est manso et abanto. Il sème la panique dès l’entrée des picadors mais sera bien mis en suerte pour développer une bravoure certaine lors de deux rencontres durant lesquelles Rafael Da Silva Vicente se montrera à son avantage. Encabo banderille avec sobriété et efficacité comme à son premier. Muleta en mains, il réalise plusieurs séries très intéressantes mais isolées. Il tire partie au maximum d’une bonne corne gauche sans pour autant donner du relief à son ouvrage qui sera terni par un pinchazo et un bajonazo suivis de cinq coups de puntilla qui relèveront le toro. Silence.

Le premier de Fernando Cruz freine dans la cape, hésite à charger et refuse le combat. Même chose sous la cavalerie où il acceptera deux contacts légers avant de se faire coincer par le groupe pour une ration appuyée. Le toro reste vif et encasté. Malgré un désarmé dès l’entame, ce sera muleta en mains que Cruz trouvera la bonne distance sur le flanc droit. En enchaînant dans le bon terrain deux séries de naturelles, la voie du succès s’ouvre. Mais en revenant à gauche, la faena va perdre de son intensité à cause des fréquents accrochages de l’étoffe. Pinchazo, trois quarts d’épée basse, salut au tiers et applaudissements à la dépouille plus pour sa mobilité que pour sa bravoure au cheval. Son second possède une corne gauche agressive et astifina qui va accrocher le capote interrompant ainsi toute possibilité de capeo d’ouverture. Le toro prendra deux piques pour la forme. A la muleta, le toro garde sa caste vive et embiste avec noblesse pour peu que la distance adéquate soit préservée. Fernando, conseillé habilement par Rafael Corbelle, présente la muleta loin devant, attend la charge et enchaîne trois muletazos dans chaque série des deux côtés. La faena est complète mais le vent gênera le madrilène dans les dernières naturelles. Une entière contraire, un descabello, oreille.

Le premier d’Ivan Fandiño accepte les cinq véroniques et la demie au fil des planches. Mal mis en suerte au cheval, le toro derrote sous les étriers et prend une vilaine pique dans l’épaule. Il revient une deuxième fois sous le peto mais sort seul. Le toro charge avec suavité des deux côtés et offre des possibilités mais Fandiño va démontrer les limites de ses capacités. Accroché pratiquement à toutes les passes de muleta, le basque ne pourra pas réaliser une seule série correcte à un toro qui permettait pourtant autre chose. Pinchazo, puis pinchazo hondo et bajonazo, sifflets et applaudissements à la dépouille. Face à son dernier , un toro noble et bravito, même échec, même incapacité à trouver les distances malgré un réel effort par rapport à sa première prestation. Dommage pour lui ! Il se trouvait peut-être dans un jour sans, comme beaucoup de toreros peuvent connaître . Une demie lame contraire suivie de deux tiers trasera et tendida, trois descabellos, silence. La pluie est de retour avec en prime le froid, pas plus de 11° en sortant des arènes qui étaient pleines. Jean-Paul Campistron


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