FERIA DE VIC

OREILLE POUR FUNDI, VUELTA POUR LESCARRET

Sans atteindre une qualité supérieure en matière de tauromachie, cette concours 2007 a été intéressante à des niveaux divers et même si aucun prix n’a été distribué, il n’en reste pas moins que Julien Lescarret à qui le sort (ou l'empresa) a réservé les deux toros les plus forts depuis le début de la feria aura marqué des points précieux pour son avenir professionnel immédiat et nous pensons notamment au poste vacant de Dax. Le résultat net de cette matinale se solde comme suit : José Pedro Prados « El Fundi », oreille et silence, Luis Manuel Vilches, salut au tiers et silence, Julien Lescarret, vuelta et silence.

Le premier de Juan Luis Fraile est bien fait. Après avoir effectué plusieurs tours de ruedo le long des planches, Fundi le canalise adroitement dans son capote et lui sert une bonne série de véroniques en gagnant du terrain vers le centre. Le toro prend trois piques avec un fond de bravoure notamment sur la dernière, prise de 20 mètres et bien réalisée par Jesus Vicente qui écoutera des applaudissements. Le toro conserve un fond de noblesse mais également de la faiblesse et un fond de mansedumbre. Le Fundi banderille avec sobriété mais efficacité un toro manquant de nerf. A la muleta, le madrilène débute en confiance, trop certainement, car sur un remate d’une bonne série de derechazos, le toro le prend de façon spectaculaire sous la jambe droite heureusement sans conséquence. José enchaîne plusieurs séries de droitières profondes et admirablement rématées par des pechos arrondis et longs. Le toro se décompose vite et le torero écourte l’ouvrage. L’estocade est splendide et fulgurante, oreille.

Le second de Justo Nieto est haut, lourd et cornicorto. Vilches ne parvient pas à l’intéresser au capote. Le toro est manso et jette les pattes dans les leurres. A la pique, il développe un fond de bravoure en rencontrant quatre fois le groupe équestre, les deux dernières depuis le centre. Dommage que Francisco Vallero Sanchez rate sa cible lors de la dernière rencontre. Aux banderilles le toro freine dans les capes mais « Tomate de Jerez » se distingue lors d’une bonne pose. Vilches entame sa faena avec douceur et délicatesse. Le toro offre quelques muletazos dont il faut profiter dès l’entame. Le sévillan exécute deux bonnes séries à droite malgré le défaut majeur du Nieto : il relève la tête en fin de muletazo. Le torero crie, toque fort et distribue une multitude de passes pas assez préparées, sans véritable personnalité. Le toro est à bout de force car trop sollicité et Vilches ne doit son salut (au tiers) qu’à une excellente estocade en se mouillant les doigts.

Le troisième de Valverde est un tio redoutablement armé. Dès sa sortie il présente un défaut de vue de loin, doublé d’un handicap ancien du train arrière. Il faut ajouter à ces handicaps les naseaux imprégnés de sang, accident hérité d’un débarquement houleux durant lequel le toro s’est écrasé le museau contre une porte. Bref, les prémices d’un combat inégal et qui n’augure rien de bon. Le toro prend trois piques sans bravoure, en tapant les étriers. Les banderilleros feront preuve de courage et de lucidité pour planter tour à tour les trois paires réglementaires. Mais la démonstration de courage et d’aguante c’est bien Julien Lescarret qui va nous l’offrir. Sûr et patient, le landais tend la muleta loin devant et attend la deuxième charge pour enrouler le toro dans deux séries de derechazos coulés et longs. Le toro a du mal à respirer et ce n’est que lorsqu’il ouvre la bouche que sa course s’avère longue et entreprenante. Lescarret le sait et profite de cet état physique pour enchaîner deux séries gauchères formidables de courage et de profondeur. Le français a maté le toro et son effort est compris par un public conquis. Le final est ahurissant par des statuaires sans bouger, la corne effleurant la cuisse à chaque passage. Un pinchazo et une estocade entière mais caida le priveront de l’oreille mais pas de la vuelta.

Le quatrième d’Adelaïda Rodriguez est haut et bien charpenté. Il colle à gauche mais le Fundi s’arrime dans une bonne série de véroniques. Le toro prend deux piques sans bravoure et sort affaibli de l’affrontement. A la muleta, le toro coupe les trajectoires, s’arrête et décoche des coups de têtes dangereux. Le Fundi tente le maximum mais doit se rendre à l’évidence : le toro est mauvais et n’a pas une passe. Grande estocade caida, suivie d’un descabello, silence.

Le cinquième de Sanches Fabres sort avec de la violence, ne se fixe pas au capote, semble se blesser à une patte avant de récupérer et prend trois piques sans bravoure ni classe. A la muleta, le toro offre des possibilités sans toutefois humilier. Vilches n’est pas très à l’aise face à ce genre de bétail. Trois séries à droite quelconques, tentative à gauche vite avortée par un refus de charge de l’animal puis estocade verticale entière efficace, silence.

Le dernier de Nieves Garcia est le plus lourd de la matinée. A la cape Lescarret réussit une belle série avant que le toro ne s’arrête et hésite dans sa charge. Le toro prend trois piques en marchant vers la monture et sans réelle bravoure, quittant seul le peto. A la muleta, il colle dangereusement et s’arrête à moitié passe. Lescarret tente de l’intéresser en changeant les terrains et en variant astucieusement les toques. Mais rien n’y fait le toro manque de race et de force. Le Garcia ne méritait pas mieux qu’une estocade basse quoique habile de la part du torero français. Silence.

Aucun prix de décerné, temps frais mais ensoleillé avec quelques gouttes en fin de corrida. Arène pleine. Jean-Paul Campistron


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