MORT AU CAMPO


Chaque année au campo les accidents sont nombreux et les cornadas mortelles ne sont pas rares. Hier encore le pire est survenu.

Si l'on en croit les défenseurs des animaux, le toro n'est rien d'autre qu'un animal domestique qui s'ignore. Chacun ici sait qu'il n'en est rien, et plus encore au campo où les gens habitués à cohabiter avec le toro savent qu'à chaque instant la plus grande prudence est de mise. À tout instant l'accident peut se produire.

L'an passé, un vaquero avait été tué en embarquant une corrida dans la province de Huelva et ce début d'année c'est José Luis Algora, vétérinaire-gestionnaire de la ganaderia de Partido de Resina qui n'a dù d'avoir la vie sauve qu'à la promptitude avec laquelle les secours sont venus : héliporté alors qu'une cornada lui avait rompu l'artère fémorale, il a été sauvé de justesse.

Hier, Jesús Fraguas n'a pas eu cette chance. Propriétaire des ganaderias navarraises de La Bomba et de La Parjarita situées à Villafranca de Navarra, il a été mortellement blessé par un toro qu'il avait anesthésié afin de l'opérer. Insuffisamment endormi, le toro s'est relevé et retourné contre le ganadero. Atteint de nombreux coups de corne, celui-ci est décédé sans que rien ait pu être tenté pour le sauver.

Presque à la même heure, sur la chaîne "Planète", un troupeau de zèbres s'abreuvait paisiblement dans un fleuve africain. Une de mes filles, âgée de huit ans, a donc pu assister en gros plan à l'agression dont a été victime l'un d'eux de la part d'un crocodile qui, après lui avoir arraché la panse d'un coup de dent, l'a lentement entraîné sous l'eau. Le tout filmé avec une complaisance totale, les yeux fous de douleur et de terreur du pauvre animal occupant la moitié de l'écran.

Aucune relation de cause à effet bien sûr entre ces deux scènes, sauf une : si la violence de l'arène dérange tant, pourquoi déballer ainsi gratuitement celle quotidienne de la vie sauvage sans apposer le désormais convenu "interdit aux moins de 12 ans" ? Et si l'on interdit aux émissions taurines de passer les scènes de piques, banderilles et estocades, doit-on tolérer sur nos écrans les ravages de la griffe et de la dent ?

À tous les anti taurins en mal de cause j'en propose donc une nouvelle : celle des zèbres et des gnous sauvagement assassinés tous les ans en grand nombre par les crocodiles lors de chacune de leurs migrations. Cela représente plus d'animaux que ceux qui sont combattus dans l'arène chaque temporada en France.

André Viard