BAILE DE CORRALES À LAS VENTAS

Après le baile de corrales d'hier qui emputa la corrida de Cuvillo de trois des toros choisis par le ganadero, puis les problèmes rencontrés par celle de Iban dont rien ne dit à cette heure qu'elle sortira complète, à Madrid on reparle des vétérinaires... et pas qu'en bien.

Ce qui tendrait à démontrer dans un premier temps que la rigidité des critères administratifs n'épargne personne et que ganaderias commerciales et "toristas" sont également frappées. Cependant, au vu des toros lidiés ces derniers jours, on peut légitimement se demander si envoyer, comme ce fut le cas pour ceux de Cuvillo, des toros accusant sur la bascule 470 ou 480 kilos, est bien raisonnable de la part de ganaderos sachant qu'en dessous de 500 on ne les prendra pas.

L'argument du ganadero de Cuvillo est bien sûr plein de panache : "Je sélectionne mes toros, a-t-il dit plein de morgue, pas pour midi mais pour dix-neuf heures." Autrement dit, pas pour faire plaisir aux vétérinaires mais au public et aux toreros. Oublier toutefois que les choses se font dans l'ordre peut paraître léger et l'on aura sans doute plaisir du côté de l'administration madrilène à répondre au ganadero que la grande corrida de Victoriano del Rio pesait entre 550 et 597 kilos... et qu'elle est issue du même encaste que la sienne.

Mais c'est ainsi, et tant que les vétérinaires madrilènes n'iront pas préalablement "reconnaître" les toros au campo comme le font désormais leur collègues sévillans, bilbainos ou pamplonais, ce genre de désagrément arrivera à d'autres ganaderos, quand bien même leurs toros trop légers de vingt ou trente kilos porteraient sur la tête les cornes de l'auroch primordial lui-même.

Mais à rigoureux, rigoureux et demi : comment comprendre alors que les mêmes vétérinaires acceptent dans le lot de la novillada de Guadaira un animal de 538 kilos réservé à un torero débutant ? Le règlement particulier de Las Ventas (un de plus) spécifie que les novillos ne doivent pas y dépasser 540 kilos (le règlement tout court dit 460), et il peut paraître miraculeux que celui dont il est question soit ainsi passé aussi prés de la barre. À moins que l'on ne soit plus rigoureux dans certains cas que dans d'autres.

André Viard