OÙ L'ON REPARLE DE CASTELLA

Evidemment, après l'attitude raisonnablement conservatrice empruntée par les trois toreros d'hier face à la mauvaise corrida de Fuente Ymbro, la question se pose de savoir ce qu'aurait fait Sébastien Castella, ce qui est en soi le meilleur hommage qu'on puisse lui rendre puisque même absent il fait référence.

Par attitude conservatrice, il faut comprendre que les trois toreros, à divers degrés, ne se sont pas laissés clouer sur place, ce qui face aux toros de Fuente Ymbro était la seule issue promise à ceux qui n'auraient pas bougé. Pour Finito qui est loin de son meilleur niveau, ce ne fut une surprise pour personne. Pour le Juli finalement non plus, car le temps n'est plus pour lui où il était disposé à échanger un triomphe pour une cornada face à un mauvais toro. Gageons que si l'un de ses adversaires lui avait laissé entrevoir la moindre possibilité, il aurait lui aussi pris le risque raisonnable de se faire attraper si telle était la condition pour pouvoir donner des passes.

Malheureusement, des passes même lui ne pouvait en donner, sauf, comme il le fit, en bougeant pas mal, en toquant très fort et en rectifiant. Au point où il en est et malgré sa volonté de ne pas repartir de Madrid sans un triomphe, le Juli se contenta donc d'essayer, de démontrer à tous l'impossibilité de faena réelle, et de ne pas donner l'impression de renoncer. Ce à quoi il parvint puisque le public de Madrid, conscient des difficultés, l'applaudit sur les séquences les plus intenses et le respecta quand il décida d'abréger. Il lui reste deux tardes à Madrid, et nul doute que sur les quatre toros qui l'attendent un au moins permettra mieux que ceux d'hier. Et avec un toro, le Juli se débrouillera.

À la limite, celui qui aurait dû suivre Sébastein castella sur le chemin de l'offrande folle qui le caractèrise est Perera, d'abord parce que cela correspond aussi à son image de marque de torero tremendiste et ambitieux, et ensuite tout simplement pour ne pas céder du terrain devant son rival. Perera essaya de toréer, se fit attraper salement, revint courageusement, mais on ne sentit jamais dans son regard la froide détermination que l'on put lire dans celui de Sébastien. Au final, la tarde s'est donc soldée par un coup pour rien.

La question est donc posée : qu'aurait fait Castella à la place de ces trois toreros, sachant que même en restant quieto José Tomas, Manolete, Domingo Ortega et Belmonte réunis n'auraient pu convaincre les toros de Fuente Ymbro de suivre les leurres au-delà des quelques centimètres qu'ils offraient avant de se retourner vivement sur leur proie ?

Personnellement, et au vu de sa détermination, je pense qu'à tort ou à raison il serait resté impavide sous la mitraille en étant conscient de ce qui l'attendait et que l'affaire se serait terminée en tragédie. Ce qui est admirable du point de vue de la volonté que met le torero à atteindre son but et a de quoi inquiéter tous ses compañeros dans la mesure où lorsqu'un torero se montre ainsi prêt à tout sacrifier, c'est l'escalafon dans son ensemble qu'il met en demeure de le suivre, ou de s'incliner.

André Viard