OCCASIONS PERDUES


Même si cette feria de Séville fut d'un meilleur niveau que celle de l'an passé, tant du point de vue artistique que de celui de la taquilla, elle restera pour plusieurs toreros celle des occasions ratées.

Du côté de la taquilla, le mieux est à mettre au crédit de Manzanares qui a rempli ses quatre tardes -la première aidé par Espartaco - ce qui constitue une sacré performance comparée au fiasco que fut l'entrée enregistrée à Malaga le jour des quatre exilés volontaires de la Maestranza.

Côté artistique, le mieux vint d'abord du bon niveau d'ensemble des toros, avec quelques exemplaires importants dans divers lots, qui ne furent malheureusement pas totalement exploités par les toreros. L'exemple le plus criant furent les deux Cuvillos de Manzanares qui repartirent avec leurs oreilles.

Malheureusement pour eux, d'autres toreros ne furent guère plus en réussite, et si Manzanares aura d'autres occasions dans la saison, ce ne sera pas forcément le cas de Pepe Moral par exemple, très attendu après son triomphe estival, et qui a déçu. Fandiño n'a pas davantage redoré son blason, mal servi il est vrai, de même que Luque. Et Ponce est passé sur la pointe des pieds.

De manière générale, le plus inquiétant est que la relève ne semble guère susceptible d'inquiéter la génération en place. Les trois "alternativés" ont été dignes mais bien tendres, Lama de Gongora surtout ; Garrido fut embrouillé, quand à Jimenez il a été mis sous l'éteignoir par son parrain Espartaco. L'avenir leur appartient, certes, à condition qu'on leur en donne un.

Le Cid a confirmé que son solo madrilène contre les victorinos risque de lui paraître bien long, Ferrera a dominé de la tête et des épaules la plupart de ses compañeros grâce à son métier et à son sitio le jour des victorinos, Finito fut, à son habitude, d'une élégance et d'une prudence extrêmes, Padilla paya comptant, Fandi fut égal à lui-même, Rivera Ordoñez d'une épaisseur extrême.

Outre Escribano qui se sauve en coupant une oreille d'un Victorino et une autre d'un Miura, et fait figure de triomphateur, on retiendra sans doute, et les jurés probablement, le triomphe d'Espartaco le premier jour, mais aussi la belle performance de Davila Miura face aux toros de sa famille. Quant à Manzanares, ayant coupé deux fois une oreille le jour des Victorianos del Rio, il devait à juste titre se voir attribuer le trophée à la meilleure estocade, même si Escribano et Davila Miura peuvent le lui contester.



André Viard