LA MISSION


Loin d'être une aventure collective, le monde taurin est constitué d'une multitude de destins, parfois parallèles, parfois croisés, parfois se déroulant dans des univers si éloignés qu'ils ne s'aperçoivent jamais.

Absents volontairement de Séville, Juli, Morante, Talavante et Perera avaient envisagé de toréer, comme l'an passé, à Malaga le dimanche de Résurection, histoire de concurrencer la Maestranza, ce qui, chacun en convient, n'est pas très élégant. Réflexion faite, plus très sûr de remplir face à la despedida d'Espartaco, les quatre dissidents ont déplacé leur corrida au samedi... et ils n'ont pas rempli même si le cartel de "no hay blletes" fut affiché... pour la photo. Pire ! Ils n'ont coupé qu'une petite oreille... Autrement dit, ils ont doublement failli à leur mission.

À Arles, Lilian Ferrani jouait la suite de sa carrière, et il a rempli sa mission : convaincre les aficionados et les organisateurs que la vilaine cornada qui l'a tenu éloigné des ruedos pendant un an n'est plus qu'un mauvais souvenir. Face à deux bons novillos, il a montré qu'il avait sa place et qu'il méritait que lui soit offerte une chance de progresser en intégrant les cartels des novilladas de l'été en France.

La mission de Domingo Hernandez, partout où il passe, est de fournir dans chaque lot un ou deux toros propices au triomphe des figuras. Il la remplit le plus souvent, et à Arles hier, après un début décevant, les deux derniers toros, très différents, lui permirent de ne pas trahir sa réputation : le cinquième fut long à se décider, mais quand Juan Bautista - dont la mission était de triompher - fut parvenu à règler sa popension à marcher, il lui offrit suffisamment de bonnes embestidas pour l'y autoriser. Le dernier fut le Garcigrande typique : fuyard et noble, il se laissa embarquer dans la vis sans fin du toreo de Manzanares qui, lui aussi, remplit sa mission : masquer sa technique si trompeuse derrière l'apparence esthétique que son public apprécie tant.

Clin d'oeil aux mélomanes : le morceau de musique interprété par l'orchestre des arènes durant la faena de Juan Bautista était extrait de la bande originale du magnifique film "La Mission".

André Viard